044254 Je suis de plus en plus fatigué, pour tromper l'ennui et la fatigue je vais faire quelques photographies de la fenêtre. Je ne sais pas trop quoi penser de l'architecture de cet immeuble dans lequel nous travaillons, c'est une architecture dont il n'y pas grand chose à dire, toutes les semaines je fais des photos de cet immeuble, m'efforçant de trouver des variations à ce même thème improbable, parfois la météorologie m'aide, il neige et il suffit de prendre la même photographie que d'autres jours et la neige se charge de faire le reste. En fait c'est une architecture très médiocre mais j'ai pourtant plaisir à en faire des photographies même répétitives, cela m'inspire en quelque sorte, je ne crois pas que la cathédrale de Chartres par exemple m'inspirerait aussi bien, pour ce qui est de faire des variations de photographies s'entend, pour ce qui est d'y prier, peut-être pas, mais de m'émerveiller du travail des hommes du temps de l'existence de Dieu, je préfère tout de même faire quelques pas dans les nefs de nos plus belles cathédrales. Je me souviens en mai 1995, à l'occasion du Mai de la photo à Reims, j'étais allé visiter la cathédrale de Reims très tôt le matin, j'étais seul dans cette immense cathédrale, je mesurais bien le peu de chose que j'étais et c'était là une pensée agréable, reposante en fait, ils ne sont pas si nombreux les espaces dans lesquels je ne bute pas contre quelques angles, du fait de l'étroitesse des couloirs. Comparablement lorsque je me dégourdis les jambes au milieu de la nuit dans l'immeuble de mon travail désert toute la nuit, ruche de jour, je ne suis pas apaisé du tout, mais au contraire inquiet de toute cette vie qui en est absente. Bref je ne sais plus ce que je dis, comparer, même de très loin, la cathédrale de Reims avec l'immeuble impersonnel de mon travail en pleine ville nouvelle, non là je crois que je débloque à fond. Pas sûr que vous puissiez les distinguer sur cette photographie, mais un des sous-toits de l'immeuble est hérissé de quelques paraboles de réception par satellite, je ne suis pas un expert en réseau, loin s'en faut, mais il n'est pas exclu que quelques-unes des données que j'ai déjà inscrites cette nuit au bloc-notes en ligne ont été acheminées par les chemins invisibles et aériens qui émanent de ces paraboles, les données, les miennes, sont bien entendu une goutte d'eau dans l'océan d'informations qui transitent invisiblement, ondes qui remplissent à craquer l'air des rues de nos villes et que nous traversons, et qui nous traversent, sans que cela nous arrête au propre comme au figuré.

Fenêtre Cathédrale Données

 

 

052431 La relève est dans une heure, je pourrai débrancher ce cordon ethernet de mon ordinteur portable — c'est de ce câble que sont parties (et arrivées pour certaines d'entre elles) toutes les données, images et textes qui constituent toutes ces lignes accumulées depuis minuit, mais j'ai beau palper ce câble, je ne sens rien, pas même un filet, absence de pouls donc qui serait alarmante si le témoin lumineux ne m'indiquait pas que, non, tout fonctionne comme cela doit, on ne sent rien, c'est tout, c'est immatériel et c'est ce qu'on peut dire de tant de choses que nous faisons désormais : on ne sent plus rien, je ne sens plus, je ne sais plus ce que c'est, depuis quelques temps maintenant, cette petite, soyons raisonnable, douleur entre les doigts de serrer le stylo et dans le poignet d'étendre ligne après lignes sur le papier — et rejoindre un monde meilleur, semer par exemple quelques oeufs de chocolat dans le jardin pour les enfants, avec un jour de retard, il va bien falloir que ces enfants-là s'habituent au fait que leur père est au travail quand les autres ne travaillent pas, et qu'en quelque sorte ce père là ne fait jamais rien tout à fait comme les autres. Pas un cadeau.

File/save/close/start/shutdown/poweroff.

Débrancher-brancher Douleur

 

 

 

 

064502 A Noisy-le-Grand rejoindre l'autoroute A4 en direction de Paris. Qui m'indique le chemin le plus sûrement, la Lune dans son dernier quart ou la pléthore de panneaux indicateurs? Je peux connaître cette route comme si je l'avais pavée moi-même, je continue de lire les panneaux. Au cinéma à l'étranger, je fais de même en lisant les sous-titres de films français, ce qui est tout à fait affligeant quand on sait qu'au Portugal, en 1986, je pense avoir lu tous les sous-titres d'un film, Rendez-vous d'André Téchiné, en portugais, langue dont j'ignore tout, jusqu'aux règles de la prononciation, qu'en serait-il d'un film sous-titré en chinois?

Autoroute Noisy-le-Grand

 

 

 

064803 Au pont de Nogent-sur-Marne, prendre l'autoroute A86 en direction de Bobigny.

Autoroute

 

 

 

065504 A Bobigny rester sur l'autoroute A86 en direction de Saint-Denis.

Autoroute


1 2 3 4 5 6 7 >9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33