Extrait du Verger
de Harry Mathews


Je me souviens qu'à un concert-conférence donné par Boulez, Georges Perec dressa une liste de compositeurs imaginaires dont les noms réunissaient le classique et le moderne : par exemple “ Hector Berio ”.


Je me souviens de m'être réveillé onze jours après la mort de Georges Perec pour me rendre compte que j'étais en train de transformer le souvenir de cette mort en une conviction que chaque jour serait foutu d'avance - sorte “ d'angoisse du réveil ” bien commode dont j'avais pourtant réussi à me débarrasser sept ans auparavant.


Je me souviens qu'à cette époque les gens que je croisais dans les rues de Paris me semblaient tous être en deuil de Georges Perec.


Je me souviens de n'avoir jamais vu Georges Perec lire un journal, mais qu'il était au courant de tout.


Je me souviens que le jour après la mort de Georges Perec je voulus transmettre à mes étudiants américains ce qui venait de se passer. Je leur avais déjà parlé de lui : j’entrepris de leur parler plus longuement, notant au tableau “ Georges Perec ( 1936 - )” donnant pendant un quart d’heure le détail de ses talents et de ses réalisations, à la fin de quoi j’annonçai sa mort et je complétai la parenthèse.

 



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