Mai 2019
Josef Kosuth
Giuseppe Penone
Giovanni Anselmo
Arman
Bernard Frize
Elena
Pas de paix sociale sans partage équitable, le peuple n'est pas une vache à lait, Echangeur, Bagnolet
Il était apparemment temps que je reçoive cette précieuse information, petite Elena
Deux dyslexiques (Zoé et moi) dont les nerfs avaient été durement éprouvés par la dernière crise de son frère pour l'une, de son fils pour l'autre, Emile, autiste, se promenaient dans les rues de Fontenay-sous-Bois tâchant de faire cause commune dans cette brève promenade, se rassurant l'une l'autre. Les deux dyslexiques tombèrent nez-à-nez avec cette affiche, la première dit à l'autre, regarde "Salon de l'optimisme", non, répondit l'autre dyslexique, c'est "salon de l'érotisme", avant qu'il et elle n'éclatent de rire, oui, c'était bien "le salon de l'otisme".
Passion de Ryusuke Hamaguchi. Je suis de plus en plus passioné par le cinéma de Ryusuke Hamaguchi, cinéma au rythme faussement lent avec quelques foudroyantes accélérations, souvent emportées par des astuces de montage saisissantes et le reste du film lui porté par des séquences interminables et qui vont au fond des choses, quand ce n'est par un plan séquence vertigineux, celui de cette déclaratiion d'amour qui ne sera pas couronnée de succès, sans doute parce qu'au Japon comme ailleurs dans le monde Le Rapport sexuel n'existe pas!
Monrovia, Indiana de Frederik Wiseman. Est-ce que le cinéma de Wiseman sera encore compréhensible aux générations futures? début de réponse au cinéma l'Univers, trois entrées et deux strapontins qui claquent, je vous laisse deviner l'identité du dernier spectateur. Wiseman se radicalise presque, son cinéma devient de plus en plus aiguisé et continue de surprendre son dernier public qui se pose cette question, le vieux cinéaste serait-il devenu invisible, tant il est permis de se demander comment il fait pour pareillement infiltrer sa caméra.




The Dead Don't Die de Jim Jarmusch. Cela fait trente quatre ans que je vais voir les films de Jim Jarmusch à leur sortie en salle, depuis Stranger Than Paradise dont je ne pourrais jamais dire qu'à vingt ans j'en avais perçu toute la beauté, mais une intuition me disait assez clairement que c'était là un cinéma pour moi, quelque chose qui n'allait pas tarder à me parler. Et de fait l'année suivante, en 1986 donc, la sortie de Down By Law, première sortie au cinéma depuis que je venais d'emménager avenue Daumesnil et je venais de rentrer aux Arts Déco, oui Down By Law allait devenir un étentard et quel! J'aime que dans The Dead Don't Die Jim Jarmusch se permette des choses de type qui n'a plus rien à montrer et démontrer, j'aime cet humour tellement dry, j'aime les répétitions jusqu'à l'excès et cette façon de tout envoyer promener, dans The Dead Don't Die: l'ambiance de fin du monde n'est pas dans l'intrigue-prétexte elle est dans l'oeuvre-même et la façon dont ce cinéaste désormais chenu regarde en arrière et nous dit ouvertement: "Ah fuck it". Il me semble qu'il faut un talent fou pour l'oser avec cette justesse.
Paul Fournel (photographie de Simon Kohn)
Lucie Taïeb (photographie de Simon Kohn)
Zoé Balthus (photographie de Simon Kohn)
Frédéric Fiolof (photographie de Simon Kohn)
Marie Willaime (photographie de Simon Kohn)
Hughes Leroy présentant son entretien avec Alexandre Laumonier (passionant) (photographie de Simon Kohn)
Hélène Gaudy (photographie de Simon Kohn)
Inherent Vice de Paul Thomas Anderson. Dans ce film est contenue une petite capsule de temps proustien pour moi, la scène du parking sous la pluie sur musique de Neil Young, le personnage de Shasta Fay courant pieds nus sur le trottoir et sous la pluie. C'est comme si toute ma jeunesse américaine était contenue dans cette image. Sauf qu'à Chicago, il aurait été très dangeureux de courir pieds nus aux abords de Division, jonchés de verre brisé.

Man Ray
Pour le moment je ne connais que cette image de générique incomplète du film Simone Barbès ou la vertu de Marie-Claude Treilhou puisque des pannes d'électricité scélérates sont venues saboter la séance du ciné-club de l'Univers
A Rose is a Rose is A Rose

Gertrude Stein
photographie de Pierre-Emmanuel Weck
Ce qu'il reste de Berlin jusque dans les Cévennes, clin d'oeil à Pierre-Emmanuel Weck
Tu vous as fixé des règles. Une manière de silence radiophonique strict. Tu as senti, dès le début, que la guérison et la reconstruction seraient à ce prix. Celui de se couper, toxicomane, du produit, peut-être même de l’environnement et de l’entourage relatifs au produit. Elle a été d’accord et elle s’est engagée à respecter des règles qui étaient surtout prophylactiques. Ces lois sanitaires du silence, de l’astreinte et de la retenue, étaient tellement sévères, tu as douté toi-même d’être capable de les respecter, tu t’es donné du courage en les verbalisant, ou même en les écrivant, en les lui écrivant, et, surtout, en prenant à témoin tes proches de tes intentions vertueuses, de ta volonté de guérir, bâtissant à la hâte, de cette manière, des garde-fous, des murailles, tu as agi en drogué repenti. Tu as plusieurs fois été tenté de faire comme Ulysse, de demander à ce qu’on te lie au mat de ton navire pour pouvoir entendre, écouter, son chant ― seul à la maison, quel danger objectif pouvaient vraiment causer l’écoute de ses disques ? Pendant que tu construisais tes remparts, tu t’es astreint à tourner le dos à l’Ouest, l’Occident — prenez une carte, mon cœur, vous êtes mon Occident et je suis votre Orient. Tes fortifications ont atteint une belle hauteur, elles sont même sur le point de te masquer et de te boucher entièrement la vue vers l’Ouest, vers son côté. Et du coup quelle est donc cet atermoiement, soudain, à entamer une nouvelle rangée de briques, de parpaings, de lauzes, rangée qui te garantirait définitivement de pouvoir l’apercevoir encore ? ― dans Seven Chances de Buster Keaton, la scène où les Fiancées en folie s’arment de briques qu’elles volent à un mur en construction, pour, leur furie passée, découvrir un maçon très décontenancé, truelle et brique à la main et dont le mur a entièrement disparu. Cette hésitation à t’emmurer définitivement serait-elle, après une dizaine de jours, J+10, le signe que tu puisses déjà aller mieux au point d’être tenté par quelques mises en danger, comme le risque de t’échouer à nouveau avec fracas, trompé par son chant de sirène ? Souhaites-tu vraiment ta guérison pour nourrir pareillement le désir de te blesser à nouveau ? Non, en fait, tu ne te résignes pas à l’idée de ne plus la voir, de ne plus l’apercevoir et de ne plus l’aimer. Tu n’es pas guéri. C’est presque un soulagement. Et c’est toi-même qui écroule le mur bâti par toi, qui t’a coûté tant d’efforts et qui te garantissait d’une douleur, qu’en fait, tu chéris.
Seven Chances de Buster Keaton
Jean-Marc Tingaud
Hommage à Jean-Marc Tingaud


Hippie Diktat
Personne ne nous repétrira de terre et de limon,
personne ne bénira notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
Pour l'amour de toi nous voulons
fleurir.
Contre
toi.

Un rien
nous étions, nous sommes, nous
resterons, en fleur :
la rose de rien, de
personne.

Avec
le style clair d'âme,
l'étamine désert-des-cieux,
la couronne rouge
du mot de pourpre que nous chantions
au-dessus, au-dessus de
l'épine.
Paul Celan
(Attention ce paragraphe déconne complètement, il faut le reprendre) (fait) (mal fait) (fait) (mais mal) (mais fait) (mal). J’ai redoublé d’ardeur devant l’écran de mon ordinateur connecté au réseau pour amalgamer des informations aussi disparates les unes que les autres à propos de mille Jessica, de Jessica fictives, qui m’offraient un contentement parfois maigre, sans compter que la fadeur et la dilution contaminaient ces fictions minables à mesure que je progressais dans les différents pages de résultats proposées par le moteur de recherche, je suis allé jusqu’à la dix-septième page de résultats — à la quatrième page on ne sait déjà plus ce que l’on était venu chercher, la fiction commence à la cinquième page de résultats. J’ai imaginé une Jessica qui partageait avec ma Jessica la forme assez droite du nez, mais cette autre Jessica, cette Jessica-là, était, elle, coiffée d’une très abondante choucroute brune, un peu à la façon de Monica Lewinski et j’ai imaginé que cette Jessica-là-Monica-Lewinski, se retournait par-dessus moi, nue et poisseuse, tentant d’attraper le recueil de vous-savez-qui, en cavalier ― ce livre va finir par s’abimer ―, sur la table de nuit, de l’autre côté du lit, j’ai imaginé que les cheveux de cette Jessica-là, bien davantage que ses seins finalement, venaient me caresser dans le cou. Et puis je me suis rendu compte que Monica Lewinski n’avait, sans doute, jamais entendu parler de Paul Celan, j’étais déçu.
Paul McCarthy