Janvier 2019
Il paraît que cette image est interdite, il paraît.
Urne d'Isa Bordat
Le Dossier M. de Grégoire Bouillier
Exposition de Patrick Neu à l'abbaye de Maubuisson
Exposition de Patrick Neu à l'abbaye de Maubuisson
"Le SPOC est dans le CRIC", me dit un collègue au téléphone, je me retiens juste à temps de lui répondre : "que le Grand Cric me croque!"


Peter Tscherkassky d'après Sortie d'usine des frères Lumière


Gegenlicht de Dominique Pifarély
L'Ordre des médecins de David Roux, merveilleuse enfilade de poncifs, un bon fils d'artisans (juifs) ayant beaucoup sacrifié pour que leurs enfants fassent de bonnes études, le fils devient pneumologue, la quarantaine bien tassée il charme la magnifique jeune interne de 25 ans (issue elle de l'immigration récente, magrébine, forcément magrébine, par ailleurs interprété par Zita Hanrot qui est aussi l'actrice qui interpréte la bonne fille dans Fatima de Philippe Faucon) qui le dévore des yeux, il est très fort, c'est un médecin sans reproche, il sauve des vies par paquets tous les jours mais voilà il ne peut pas sauver sa mère d'un cancer incurable et naturellement il trouve cela injuste mais il est courageux et il continue de sauver des vies et la jeune interne en pince salement pour lui. Et toute la critique de la qualité française loue ce petit cinéma bien bourgeois et voit dans ce mélo infect des qualités humanistes mais nul ne songerait à remettre en question cette énième édition de la sur-représentation glorieuse, forcément glorieuse, d'une certaine catégorie sociale aisée.
The Rider de Chloé Zhaou. Minutieuse déconstruction du mythe des cow boys mais dont la réalisatrice, pourtant fort habile, en n'échappant pas entièrement au charme de ses propres images, finit par produire ce qui pourrait passer pour une tentative de rachat de cette culture dominante (et en fait fort pauvre), comme si elle se retrouvait prisonnière d'une inavouable sympathie pour ses personnages. Et pourtant, et pourtant, on peut louer ici la présence d'un personnage autiste, là un ancien as du rodéeo désormais cloué sur un fautreuil roulant et qui joue son propre rôle, ici encore une utilisation très fine des images vidéo amateur, c'est comme si Chloé Zhaou n'avait pas osé donner l'estocade finale et avait grâcié la bête immonde. Un film bien plus complexe que s'il paraît de prime abord.
Avec Lindy Lou, jurée #2 de Florent Vassault, on voit comment les choses se passent dans un jury dans le Sud des Etats-Unis quand Henry Fonda n'est pas là pour sauver la tête du condamné

A. Dans la salle d'attente de la psychiatre d'Emile, j'avise la tranche d'un livre que j'ai cherché ces derniers jours pour t'envoyer ce chapitre, qui est l'une des choses les plus brillantes jamais écrites à propos de la psychanalyse et dont je me demande si un tel texte ne pourrait pas te venir en aide. (Extrait de Penser / classer de Georges Perec


Be Hurt des Eels
Concert de Sourdure à la Dynamo: "Il paraît que cette chanson est à propos des migrants, je pensais l'avoir écrite pour mes voisins".
Les Confins du monde de Guillaume Nicloux. Montage virtuose et images neuves de la guerre d'Indochine et que dire, une fois de plus, de la performance d'acteur de Gaspard Ulliel
Matinée de Joe Dante, quand le cinéma se sert de ses vraies armes, ses pourvoirs stupéfiants, pour mener un combat politique presque invisible et nous tendre le miroir de nos peurs et leur immense part fantasmée pour ne pas dire induite, et on ferait bien de se demander "induite par qui ?"
Je dois disposer d’une bonne vingtaine de ses disques, une douzaine qui sont sans pochette ni étiquette et qui sont en fait des enregistrements sauvages mais tous de très bonne qualité, enregistrés par un ami de Jessica, dont c’était le métier, en plus d’être bassoniste, à palettes, et qui en connaissait un rayon, il nous avait rejoints dans les Cévennes pendant deux ou trois jours pestant d’ailleurs que le quatuor avait si peu progressé dans cette interprétation de je ne sais plus quelle pièce trapue d’un obscur compositeur allemand, dont la photographie, sur la couverture des livrets de partitions, ne le montrait pas sous son meilleur jour, et certainement pas très souriant, tout à fait le genre typique d’obscur compositeur allemand qui ne devait pas rire tous les jours, vous voyez le genre, la musique, pour peu que je pouvais en juger sur les partitions, dont je maîtrisais mal le solfège, le contemporain ce n’est pas toujours facile, certaines annotations assez exotiques compliquent sérieusement la lecture sans jouer, ou d’après ce que j’entendais des difficiles assemblages que Jessica et ses amis tentaient de mettre en place, cette musique ne prêtait pas non plus à rire, bien davantage à maintenir son auditeur dans un état de tension et d’une tension qui n’aurait pas été joyeuse d’emblée, vous voyez sans doute le genre aussi, assortie avec le compositeur, il n’y a pas de mystère, et tandis que ce jeune ingénieur du son pestait, Jessica était d’une humeur instable, ce qu’au contraire de ventiler en s’en prenant à l’ingénieur du son, ou à ses camarades de jeu, notamment l’altiste qui avait pourtant prévenu qu’il n’avait pas eu beaucoup le temps de bosser la partoche, comme on dit dans le milieu, les altistes, décidément, de vrais boulets pour le groupe, elle reportait sur moi qui n’y étais pour pas grand-chose.
Jessica aurait peint sur le motif et c’est d’ailleurs de cette façon curieuse (à caude de cettepratique académique) que je l’aurais rencontrée,(.) puisque(De fait,) m’intéressant à sa fiche de profil sur le réseau (a)social de mise en relation professionnelle(,) auquel je m’étais moi-même inscrit, seulement motivé par son homonymie et pouvoir consulter sa fiche à elle, j’aurais appris qu’en fait(,) elle était à la recherche de modèles, notamment masculins, notamment obèses, pour une toile qu’elle avait en tête et dans laquelle j’imaginais qu’elle me peindrait — si j’acceptais cette proposition qui n’était pas très bien payée, mais je ne faisais pas cela pour l’argent, et on se doute bien que je m’empressais d’accepter, à la simple idée que je pourrais facilement rencontrer Jessica Marchant qui ne serait pas Jesse, mais une Jessica Marchant fictive, pis-aller à toutes mes rêveries éveillées à propos de possibles Jesse, (offre d'emploi) et donc (que) j’acceptais (sans grande hésitation, on s'en doute), ce qui me mit (m'installa) dans une situation (le rôle) de modèle, ce que je n’avais jamais fait (poste dans lequel je n'avais encore jamais exercé), mais c’est un emploi (une tâche) à la portée de beaucoup (et qui consiste globalement à ne rien faire, ce pourqui, à mon travail, on me prête du talent —, toile dans laquelle) non pas comme je l’avais d’abord cru, dans le rôle de (je devais incarner) je ne sais quelle divinité du vin et de la bonne chair (rôle habituellement dévolu aux obèses), mais tout simplement pour rejoindre toute une cohorte de tableaux que Jessica, je l’ai rapidement appelée Jessica, ne lui laissant pas beaucoup le choix de cette familiarité, au contraire d’un vouvoiement que j’ai tenté de maintenir jusqu’au bout dans cette relation qui est devenue rapidement amicale, moins strictement professionnelle, mais à cela il y avait une raison, je posais nu dans son atelier, difficile en pareille tenue de rester sur le ton professionnel qui prévalait à nos premiers échanges maladroits, mais le courant a rapidement passé entre cette Jessica-là et moi, tableaux (,) qui représentaient toutes sortes de personnes nues, aucune que je ne connaissais ou reconnaissais, mais toutes (ayant posé toutes) devant le même poêle à bois de son atelier et, à sa droite, devant (gauche d') un lavabo maculé de taches de toutes sortes de couleurs ternes, que l’on reconnaissait eux, le poêle et le lavabo sale, du premier coup d’œil. Bien sûr lors de la première séance de pose il y eut un peu de gêne de ma part, Jessica m’expliquant maladroitement, mais de façon convaincante, et les tableaux précédents accrochés sur les murs de son atelier laissaient peu de doutes sur cette volonté de sa part de nous (me) représenter nus, mais (puis) passée cette première séance je trouvais rapidement un plaisir (bonheur) très apaisant (et singulier) à ces moments de pause silencieuse(.) , les différentes postures que Jessica demandait avaient toutes le souci du confort de son modèle, parce qu’elle savait qu’elle avait besoin de très longues plages de temps pour travailler à...


Albert Ayler


The Illinois Ennema Bandit de Frank Zappa
Martin Bruneau
In My Room d'Ulrich Köhler. Film assez parfait à propos de la déchéance du genre humain. Sa première séquence est l'image assez parfaite du naufrage qui contient en elle même le ferment de sa deuxième partie, le discours est devenu vide de sens et autant en finir avec le genre humain, en tout cas ce genre humain. La résurrection du personnage principal pourrait racheter le genre humain à elle seule. Du très grand cinéma fictionnel où rien n'est souligén trois fois en rouge laissant chacun et chacune tirer les leçons cruelles d'une telle fable, d'un tel fantasme.
An Elephant Sitting Still de Hu Bo. C'est qu'il faut rester bien concentré sur chaque plan pour ne pas en manquer une miette de ces quatre heures à la profondeur de champ tellement réduite et pouvoir, tel la lecture de Extinction de Thomas Bernahrd, après une très longue désespérance, recevoir, par contraste, toute la faiblesse d'un rai de lumière, un jour qui passe malgré tout, et quel rai!
Morne-la-Vallée


Sophie Agnel et Nina Garcia, les Instants chavirés, Montreuil, le 9 janvier 2019
Et on comprend bien que la simple arête du nez fort droite de cette Jessica, même pas Marchant, experte des systèmes de guidage des drones aériens, parce qu’elle était suffisante pour déclencher un tel flux de fiction était l’indication de la puissance à la fois du désir contrarié mais aussi de ce que cette puissance au service de la fiction pouvait créer de fantômes et de spectres jusque dans un vaste open space comme il en existe désormais dans tous les grandes entreprises, dont celle qui m’emploie. Du coup cette efficacité de la fiction s’exprimait également à plein quand elle prenait pied cette fois non plus sur l’arête du nez de Jessica, mais par exemple sur le répertoire contemporain de musique classique et que cette fois je trouvais (Non, décidément non, il fallait vraiment beaucoup de fiction pour espérer transposer Jessica en open space, de cette même façon que l’on transpose une partition écrite pour un instrument dans le but de la jouer sur un autre (tel Glenn Gould interprétant au piano une partition, et quelle! les variations Goldberg, en fait écrites pour le clavecin , ou encore comme Ornette Coleman , saxophoniste alto passant librement tantôt au saxophone ténor, tantôt au violon, ou encore comme on transpose au sousbassophone ce qui est initialement écrit pour le triangle). Et c’est en transposant, en somme, que je finissais par tomber par le truchement d’internet toujours, sur ) une femme, nommée Marchant, mais pas Jessica, Emmanuelle, ce qui était un peu moins tarte comme prénom que Jessica, franchement, et d’ailleurs je n’appelais jamais Jessica Jessica, mais Jesse, parfois même seulement Jay, je me demande si ce n’est pas un peu tard pour le révéler, s’il n’est pas, par exemple, plus facile, pour vous, d’imaginer une femme qui s’appellerait Jesse, ou Jay, plutôt que Jessica, nue et poisseuse se retourner au-dessus de son amant pour se saisir sur la table de nuit d’un recueil de Paul Celan, mais peut-être n’avez-vous pas du tout envie d’imaginer de telles choses justement, et qui, cette femme, Emmanuelle Marchant, jouait du violoncelle, et inutile de préciser alors que le franchissement, par la fiction, de l’écart qui subsiste entre un instrument accordé à la quarte, la contrebasse, et un autre, lui accordé à la quinte, le violoncelle, n’était pas trop périlleux pour le même esprit qui avait déjà envoyé Jessica Marchant, la contrebassiste, dans l’enfer de la prison et au purgatoire de l’open space.
Et on comprend bien que la simple arête du nez fort droite de cette Jessica, même pas Marchant, experte des systèmes de guidage des drones aériens, parce qu’elle était suffisante pour déclencher un tel flux de fiction était l’indication de la puissance à la fois du désir contrarié mais aussi de ce que cette puissance au service de la fiction pouvait créer de fantômes et de spectres jusque dans un vaste open space comme il en existe désormais dans tous les grandes entreprises, dont celle qui m’emploie. Du coup cette efficacité de la fiction s’exprimait également à plein quand elle prenait pied cette fois non plus sur l’arête du nez de Jessica, mais par exemple sur le répertoire contemporain de musique classique et que cette fois je trouvais (Non, décidément non, il fallait vraiment beaucoup de fiction pour espérer transposer Jessica en open space, de cette même façon que l’on transpose une partition écrite pour un instrument dans le but de la jouer sur un autre (tel Glenn Gould interprétant au piano une partition, et quelle! les variations Goldberg, en fait écrites pour le clavecin , ou encore comme Ornette Coleman , saxophoniste alto passant librement tantôt au saxophone ténor, tantôt au violon, ou encore comme on transpose au sousbassophone ce qui est initialement écrit pour le triangle). Et c’est en transposant, en somme, que je finissais par tomber par le truchement d’internet toujours, sur ) une femme, nommée Marchant, mais pas Jessica, Emmanuelle, ce qui était un peu moins tarte comme prénom que Jessica, franchement, et d’ailleurs je n’appelais jamais Jessica Jessica, mais Jesse, parfois même seulement Jay, je me demande si ce n’est pas un peu tard pour le révéler, s’il n’est pas, par exemple, plus facile, pour vous, d’imaginer une femme qui s’appellerait Jesse, ou Jay, plutôt que Jessica, nue et poisseuse se retourner au-dessus de son amant pour se saisir sur la table de nuit d’un recueil de Paul Celan, mais peut-être n’avez-vous pas du tout envie d’imaginer de telles choses justement, et qui, cette femme, Emmanuelle Marchant, jouait du violoncelle, et inutile de préciser alors que le franchissement, par la fiction, de l’écart qui subsiste entre un instrument accordé à la quarte, la contrebasse, et un autre, lui accordé à la quinte, le violoncelle, n’était pas trop périlleux pour le même esprit qui avait déjà envoyé Jessica Marchant, la contrebassiste, dans l’enfer de la prison et au purgatoire de l’open space.
Et on comprend bien que la simple arête du nez fort droite de cette Jessica, même pas Marchant, experte des systèmes de guidage des drones aériens, parce qu’elle était suffisante pour déclencher un tel flux de fiction était l’indication de la puissance à la fois du désir contrarié mais aussi de ce que cette puissance au service de la fiction pouvait créer de fantômes et de spectres jusque dans un vaste open space comme il en existe désormais dans tous les grandes entreprises, dont celle qui m’emploie. Du coup cette efficacité de la fiction s’exprimait également à plein quand elle prenait pied cette fois non plus sur l’arête du nez de Jessica, mais par exemple sur le répertoire contemporain de musique classique et que cette fois je trouvais (Non, décidément non, il fallait vraiment beaucoup de fiction pour espérer transposer Jessica en open space, de cette même façon que l’on transpose une partition écrite pour un instrument dans le but de la jouer sur un autre (tel Glenn Gould interprétant au piano une partition, et quelle! les variations Goldberg, en fait écrites pour le clavecin , ou encore comme Ornette Coleman , saxophoniste alto passant librement tantôt au saxophone ténor, tantôt au violon, ou encore comme on transpose au sousbassophone ce qui est initialement écrit pour le triangle). Et c’est en transposant, en somme, que je finissais par tomber par le truchement d’internet toujours, sur ) une femme, nommée Marchant, mais pas Jessica, Emmanuelle, ce qui était un peu moins tarte comme prénom que Jessica, franchement, et d’ailleurs je n’appelais jamais Jessica Jessica, mais Jesse, parfois même seulement Jay, je me demande si ce n’est pas un peu tard pour le révéler, s’il n’est pas, par exemple, plus facile, pour vous, d’imaginer une femme qui s’appellerait Jesse, ou Jay, plutôt que Jessica, nue et poisseuse se retourner au-dessus de son amant pour se saisir sur la table de nuit d’un recueil de Paul Celan, mais peut-être n’avez-vous pas du tout envie d’imaginer de telles choses justement, et qui, cette femme, Emmanuelle Marchant, jouait du violoncelle, et inutile de préciser alors que le franchissement, par la fiction, de l’écart qui subsiste entre un instrument accordé à la quarte, la contrebasse, et un autre, lui accordé à la quinte, le violoncelle, n’était pas trop périlleux pour le même esprit qui avait déjà envoyé Jessica Marchant, la contrebassiste, dans l’enfer de la prison et au purgatoire de l’open space.
Et on comprend bien que la simple arête du nez fort droite de cette Jessica, même pas Marchant, experte des systèmes de guidage des drones aériens, parce qu’elle était suffisante pour déclencher un tel flux de fiction était l’indication de la puissance à la fois du désir contrarié mais aussi de ce que cette puissance au service de la fiction pouvait créer de fantômes et de spectres jusque dans un vaste open space comme il en existe désormais dans tous les grandes entreprises, dont celle qui m’emploie. Du coup cette efficacité de la fiction s’exprimait également à plein quand elle prenait pied cette fois non plus sur l’arête du nez de Jessica, mais par exemple sur le répertoire contemporain de musique classique et que cette fois je trouvais (Non, décidément non, il fallait vraiment beaucoup de fiction pour espérer transposer Jessica en open space, de cette même façon que l’on transpose une partition écrite pour un instrument dans le but de la jouer sur un autre (tel Glenn Gould interprétant au piano une partition, et quelle! les variations Goldberg, en fait écrites pour le clavecin , ou encore comme Ornette Coleman , saxophoniste alto passant librement tantôt au saxophone ténor, tantôt au violon, ou encore comme on transpose au sousbassophone ce qui est initialement écrit pour le triangle). Et c’est en transposant, en somme, que je finissais par tomber par le truchement d’internet toujours, sur ) une femme, nommée Marchant, mais pas Jessica, Emmanuelle, ce qui était un peu moins tarte comme prénom que Jessica, franchement, et d’ailleurs je n’appelais jamais Jessica Jessica, mais Jesse, parfois même seulement Jay, je me demande si ce n’est pas un peu tard pour le révéler, s’il n’est pas, par exemple, plus facile, pour vous, d’imaginer une femme qui s’appellerait Jesse, ou Jay, plutôt que Jessica, nue et poisseuse se retourner au-dessus de son amant pour se saisir sur la table de nuit d’un recueil de Paul Celan, mais peut-être n’avez-vous pas du tout envie d’imaginer de telles choses justement, et qui, cette femme, Emmanuelle Marchant, jouait du violoncelle, et inutile de préciser alors que le franchissement, par la fiction, de l’écart qui subsiste entre un instrument accordé à la quarte, la contrebasse, et un autre, lui accordé à la quinte, le violoncelle, n’était pas trop périlleux pour le même esprit qui avait déjà envoyé Jessica Marchant, la contrebassiste, dans l’enfer de la prison et au purgatoire de l’open space.
1.e4 e5
2.f4 exf4
3.Fc4 Dh4+
4.Rf1 b5
5.Fxb5 Cf6
6.Cf3 Dh6
7.d3 Ch5
8.Ch4 Dg5
9.Cf5 c6
10.Tg1 cxb5
11.g4 Cf6
12.h4 Dg6
13.h5 Dg5
14.Df3 Cg8
15.Fxf4 Df6
16.Cc3 Fc5
17.Cd5 Dxb2
18.Fd6 Dxa1+
19.Re2 Fxg1
20.e5 Ca6
21.Cxg7+ Rd8
22.Df6+ Cxf6
23.Fe7+#


...après avoir fait l’amour,(.) d(D)onc certes la pratique du ballon rond m’aurait peut-être conduit dans le lit de Jessica (— c'était sans garantie mais je n'écartais pas cette conjonction —), mais(,) sans le rugby pas de Malcom Lowry et donc(,) pas de Paul Celan, or ce n’était pas de faire l’amour avec Jessica, (—)encore que je ne serais pas allé dormir dans la baignoire (—), dont je rêvais, mais bien de lire, poisseux et nus, Paul Celan. Mais pourquoi, Diable, Jessica ne l’avait pas compris (entrevu) et était resté sourde à mes appels du pied ? Sans doute trop discrets, et incompréhensibles, les appels du pied. Le jeu au pied, cela n’a jamais été mon fort. Un authentique gros.

Ce croisement manqué, depuis des années, me taraude. Ce n’est pas d’ailleurs que ma vie s’est (se soit) arrêtée le jour où j’ai compris que ce ne serait jamais nu et poisseux que je lirais du Paul Celan avec Jessica et que ses seins viendraient s’écraser légèrement dans mon cou, tandis qu’elle roulerait par-dessus moi pour atteindre l’autre côté de son lit, celui de la table de nuit, sur laquelle serait resté (,) en cavalier (,) un recueil de qui (vous-savez-qui), non (, au contraire, pour ainsi dire,) cette vie, la mienne, ces vingt dernières années, s’est remplie, de toutes sortes de choses (périodes, d'événements, d'accidents, d'amertumes, d'aventures, de déceptions, de petits et de grands bonheurs, de coups durs, de dépressions nerveuses, au moins deux,) que je n’aurais sans doute pas toutes connues, si (dans la mesure où) Jessica s’était finalement décidée à lire de la poésie(,) nue et poisseuse(,) avec moi,(.) j(J)’avais poursuivi mon bonhomme de chemin comme on dit, ses joies, ses réalisations, ses déménagements, ses rencontres, ses changements,
Et à plusieurs reprises dans Grass de Hong Song-Soo je me suis surpris à ne plus lire les sous-titres, non que l'ivresse du soju soit telle que j'en obtienne une manière de don des langues, non c'est plutôt que je suis arrivé à un tel niveau de vénération de ce cinéma que je me fous désormais entièrement de ce qu'il raconte, je suis là pour voir des personnes discuter en train de boire des coups et que la caméra ait plus ou moins l'air de suivre leur discussion par quelque mouvement de zoom très rudimentaire, je me sens tellement bien dans un tel cinéma, dans de tels films, qu'il pourrait raconter n'importe quoi d'autre et que je peux imaginer n'importe quel dialogue. Et pareillement je n'ai jamais bu de soju de ma vie, j'en ignore le goût entièrement et pourtant, et pourtant...

Le vrai Vincent, le vrai Vangog
Il y avait, semble-t-il, aucune limite physique à l’ennui que ressentait tout le monde, à la fois le public, mais aussi acteurs et actrices, sans doute aussi la monteuse, en dormir en salle de montage, quelle autre explication possible à un tel naufrage? et toutes les techniciennes et techniciens ayant travaillé sur ce film de Mia Hansen-Love qui, elle, au contraire, semblait se prodiguer mille plaisirs invisibles à se regarder elle-même filmer son propre ennui. La reine était nue, toutes et tous pouvaient le voir mais nul se s’en apercevait. Quelle déception après L’Avenir, film tellement plus riche et fécond et qui laissait entrevoir que sans doute le prochain film de sa réalisatrice, Mia Hansen-Love, serait, justement, porteur d’avenir. Et on s’excuse de penser en ces termes, mais on ne peut que se demander jusqu’à quel point Olivier Assayas, grand cinéaste spécialiste des problèmes de riches, atermoiements pendant un héritage (quelle pièce secondaire des collections céder aux musées nationaux pour sauver le reste de l’héritage - L’Heure d’été), la difficile articulation entre vie professionnelle et vie privée d’une star de cinéma (c’est vrai qu’avec une seule assistante personnelle pour gérer ce que tout un chacun gère par soi-même cela ne doit pas être facile - Sils Maria), sans compter la grande crise existentielle du réalisateur de cinéma en plein tournage (Irma Vep), quant au prochain (Doubles Vies), la grande angoisse de l’éditeur devant l’arrivée du numérique, j’ai décidé, une mauvaise fois pour toutes, de me l’épargner, oui, à quel point Olivier Assayas donc, n’a pas corrompu entièrement, et sans soute irrémédiablement, le cinéma de Mia Hansen-Love qui sera désormais cantonnée à la branche touristique d’Assayas Films.
Wildlife de Paul Dano, j’aime les airs pénétrés et réfléchis de ce jeune cinéma américain pédant qui fait semblant de réfléchir, ici au fait que l’American Way Of Life de la fin des années cinquante, début des années soixante était un mensonge délétère qui a potentiellement corrompu les destinée de millions de jeunes Américains et Américaines à la fois abimées par les relations coincées de leurs parents et une incapacité générale de s’élever à un niveau trop haut du bonheur à l’américaine, le tout en brassant mille coquetteries d’images, de belles voitures trop grandes aux carrosseries rutilantes et des paysages aux Rocheuses de carte postale : oui, dans ce film les Rocheuses accouchent d’une souris qui enfonce des souricières ouvertes.
Aujourd'hui j'ai vu des ordinateurs de la fin du monde, ils ne prennent presque plus de place et les salles qui les contiennent sont désormais presque vides
Hier soir mon amie cévenole, Valérie, est passée à la maison avec un ami à elle, tondeur de moutons, j'ai eu toutes les peines du monde à lui expliquer à quel point j'enviais sa compétence indisputée et l'utilité reconnue de cette dernière, puis, à lui dire comment au contraire, je n'avais jamais connu de tels sentiments professionnels, à la fois celui de la compétence et celui de l'utilité, dans toute une carrière d'ingénieur informatique (je n'ai pas toujours été ingénieur).
Ce matin un bref regard à ce dessin de Hanno, le hameau, il y a très longtemps, et je dois partir travailler au pays des ordinateurs
Je suis, devant les films de Ryusuke Hamaguchi, à la fois comme un papillon de nuit léthalement attiré par la lumière d’une ampoule électrique la nuit, et comme une poule qui a trouvé un couteau, et Asako I&II ne fait pas exception à cette règle curieuse : je me laisse entièrement prendre par la main par un certain art (magistral) de filmer, puis, quand je sors de la salle de cinéma, je me demande ce que je suis venu voir, quelle histoire je suis venu écouter et dont je me moque éperdument, incapable que je sois de la moindre identification, ou simple compassion, avec les personnages du film, quand bien même ces derniers pourraient traverser des épreuves qui par ailleurs me sont familières, ici la rupture et la trahison amoureuse. Alors vous dire ce que je pense d’un tel cinéma, celui de Ryusuke Hamaguchi, d’un tel film, Asako I&II, j’en serais bien incapable, quand bien même ma vie en dépendrait, par bonheur ma vie est irrémédiablement déconnectée de ce cinéma et n'en dépend donc pas.
Andreï Roublev d'Andreï Tarkovski
J'ai imprimé, par erreur de raccourci de clavier, le long poème des balises d'inclusion de tous les éléments de la page de Décembre et j'ai trouvé une certaine beauté à ce poème involontaire et que j'avais malgré tout écrit.