My Favorite Favorite Things
(Mes deux saisons préférées pour Sarah Murcia)




Mon My favorite things préféré c’est celui de Coltrane, l'époque Atlantic, le moment même de la bascule ― j’aime les moments de bascule, ce sont ceux-là que je préfère, quand cela ne peut plus jamais être la même chose par la suite, qu’on ne peut plus faire comme avant, et après, même longtemps après, comprendre que c’est à tel ou tel moment que s’est faite la bascule, et pour Coltrane c’est à ce moment-là, un peu au moment où justement il essaye de nouvelles choses, notamment au soprano et, juste après, il bascule dans la période Impulse !, il change de galaxie, et j’aime assez quand on change de galaxie ―, dans mes choses vraiment préférées, il y a une odeur disparue, celle de ma fille Sarah, bébé, mais aussi les tableaux de Franz Kline de l'Art Institute à Chicago et ceux de Jasper Johns au MOMA à New York, le chiffre 5 de Jasper Johns ― en fait toute la série des chiffres, mais surtout le chiffre 5 à l’encaustique ―, la Musique pour cordes, célesta et percussions de Bartók, tout particulièrement l'interprétation vieillotte de Ferenc Fricsay ― en fait j’aime tout Bartók, même les pièces un peu secondaires ― deux danses syldaves traditionnelles, quatorze bagatelles, deux élégies, sept esquisses, trois burlesques, quinze mélodies paysannes hongroises, ce genre de farine ―, le goût admirable de certains Bourgogne que mon père met de côté pour moi et la meringue glacée de ma mère avec sa crème anglaise un peu trop liquide, limite lait de poule, Sarah Murcia quand elle chante l'Anarchie au Royaume Uni en s'accompagnant, (presque) seule à la contrebasse et qu'elle lâche get pissed distroyed à la fin ― après avoir été rejointe, in fine, par les accords joués dans le piano par Benoît Delbecq (j’adore quand les pianistes jouent dans le piano), qui fait partie de mes pianistes préférés ― le tout en imitant très bien l’accent cockney, mais aussi l’Anarchist’s Anthem chanté par Phil Minton, qui fait pleurer sa maman, Autoportrait d'Edouard Levé, j'aime tout chez cet artiste, sauf son Suicide ― vraiment raté, le livre, pas le suicide, lui, réussi, hélas ―, les livres de Beckett, tous les livres de Beckett, cette façon avec laquelle tout de suite, immédiatement, on est de plain-pied dans l'essentiel du primordial, les cailloux de Molloy et être allongé dans le noir dans Compagnie, ou encore prisonnier dans Le Dépeupleur, il n'y a pas de texte plus haut que Le Dépeupleur, Le Dépeupleur c'est le dernier texte-tout-le-monde-descend, le dernier texte de tous les textes, tous les textes après Le Dépeupleur, sont, par essence inutiles, j'aime les réparties de ma fille Zoé, par-dessus tout, j'aime quand elle m'imite quand je passe à la radio et que je prends ma voix d'écrivain, comme elle dit, et d'ajouter que les personnes qui m'écoutent à la radio pourraient croire que je suis un type très calme et qui n'engueule jamais ses enfants, ça me fait rire, ça me fait tellement rire ― et je ne ris jamais autant que quand on se moque de moi, c’est ce qui me fait le plus rire, je suis un type parfaitement risible, j’en ai, heureusement, conscience ―, j'aime certains concerts au Tracé provisoire, quand j'en ressors bouleversé, comme celui de Jacques Demierre en trio avec Barre Philips et Urs Leimgruber, ou encore quand mon ami Jean-Luc Guionnet repousse toujours plus loin les limites du précipice dans lequel il s'est jeté depuis des années et des années ― et dans lequel il n’arrête plus de tomber, parfaitement immobile avec son anche coincée dans le bec, bref c’est une chute immobile, donc une chute vertigineuse ―, j'aime les parties d’échecs dans les Cévennes contre (en fait avec) mon fils Émile, j'ai aimé, comme aucune, la partie que nous avons disputée juste après le petit déjeuner le 27 avril 2018, il venait d'avoir 18 ans, nous nous sommes sans cesse menacés de mat et nous avons fini par une nulle d'anthologie, j'étais épuisé, il n'était pas huit heures du matin et tout l’adret était dans la lumière jusque dans le fond de la vallée, jusqu’à la rivière, la Cèze, il faisait nuit quand nous avions commencé à jouer, matinaux, j'aime les autoportraits de Rembrandt que je place plus haut que tout, tout le reste en peinture c'est du bavardage, mes deux mois préférés de l'année sont avril, juin, août et octobre, j'aime les livres les plus exécrables et les plus méchants et bileux de Thomas Bernhard, ce sont ceux-là qui me font le plus rire, parce que, désormais, quand je relis Thomas Bernhard cela me fait rire, mais rire, j'aime le waterzoï de poisson qui est mon plat préféré, j'aime l'ironie tendre de B., j'aime les films de Tarkovski, tous, j'aime les films de Hong Sang-soo, pas tous, je n'aime pas ceux avec Isabelle Huppert ― on dirait du Rohmer, qui est tout ce que je déteste dans le cinéma ―, j'aime le son du violon de mon ami Dominique Pifarély, mon grand frère, surtout en quartet, et j'aime parfois être rejoint, en l'écoutant en concert, par des pensées que j'ai pu avoir quand il m'est arrivé de jouer des images sur sa musique ― avec Michele Rabbia, notre petit frère transalpin ― et que (illisible) je reconnais, ici telle sonorité, là telle couleur, telles que Dominique les a jouées dans Apnées, par exemple ―, j'aime boire du café jusqu'à plus soif les dimanches matins en écoutant de vieilles galettes de jazz, du Count Basie ― ré, ré# mi ... ―, du Lionel Hampton, pourquoi pas ? du Louis Armstrong, du Johnny Hodges, du Ben Webster, du Oscar Peterson, surtout lui, mais pas du Dave Brubeck ― le jazz de blancs n’a pas droit de cité dans mes disques, et puis quoi encore ? pourquoi pas lire du Robert Faurisson et du Brasillach pendant qu’on y est ― ou, au contraire, les dimanches matins, écouter des trucs bien free et bien barrés, j'aime relire, et relire, sans cesse, mes tapuscrits et quand je sème un désordre sans nom dans leurs marges, mais j'aime nettement moins devoir y remettre un peu d'ordre en reportant les corrections dans le traitement de texte, effort pourtant nécessaire et j’aime bien le mot tapuscrit, je peux dire plusieurs fois de suite le mot tapuscrit, juste pour écouter comment cela sonne, tapuscrit, tapuscrit, tapuscrit, j'aime, par-dessus tout, mes conversations avec Sarah C. ― on appelera l’autre Sarah, Sarah M. et ma fille qui ne s’appelle pas Sarah, mais un nom comme ça, on l’appelera Sarah tout court ― avec Sarah C. donc, à L'Industrie ― j’aime la manière avec laquelle Sarah C. et moi, on tente de coller aux sujets que nous avions décidé d’aborder, ou sur lesquels nous devons travailler, et comment cela déborde toujours dans un immense regard panoptique de nos existences pleines à craquer de contraintes, mais pas exemptes de bonheur, ça non, ― au centre desquelles nos enfants, nombreux, merveilleux ― et ce que ces existences ont en partage, justement cette idée du bonheur, pas exempt de contraintes, j'aime les films de Jim Jarmusch, presque tous, disons tous, ne faisons pas de manières et j'aime les films de Godard, même, surtout, quand ça rate un peu, surtout, quand ça rate beaucoup, ce qui arrive, quand même, ce qui est rare et pas rare à la fois, j'aime les expositions de Pierre Huyghe dans ce qu'elles m'emmènent dans un univers qui est juste mitoyen du nôtre, mais une fois plongé dans un tel univers, on voudrait ne plus jamais retrouver la porte qui ramène au notre ou que cette porte nous fasse déboucher dans d’autres mondes de moins en moins mitoyens ― bref je ne fais pas bien la différence entre une exposition de Pierre Huyghe et prendre des produits ―, j'aime quand j'ai une idée d'un texte et que je m'y mets, plein d'allant et d’élan, et j'aime un peu moins quand je finis par me décourager, après une paire d’heures, comme devant une montagne pas très haute en me disant que je ne vais jamais y arriver ― je crois toujours que je ne vais jamais y arriver mais je finis (presque) toujours par y arriver, presque toujours, toujours ―, comme, par exemple, de dresser la liste de toutes les choses (things) que je préfère dans l'existence, idée qui m’est venue en discutant avec mon amie, ma géniale amie, Sarah M. ― qui chante Anarchie au Royaume-Uni et qui travaille, en ce moment, à une treizaine de nouvelles interprétations de My Favorite Things ― et tandis qu'elle me parle, que j'écoute quand même un peu ce qu'elle m'explique ― j’ai un peu intérêt, sinon il peut m’en cuire et m’en chaloir ―, je me dis que je vais écrire My Favorite Favorite Things pour elle ― elle en fera bien ce qu’elle voudra, il n’y a pas obligation d’achat ― et que je vais mettre des choses (things) dedans qui vont la faire rire parce que le rire de Sarah claque la chatte, j'aime au point de pleurer, quand je me le permets, le goût de la vraie cassonade sur une tartine de beurre, et dans eune faluche passée au four, là je brais pour de vrai, j’aime passionnément la peinture de mon ami Martin Bruneau, j'aime relire des passages entiers, et très longs, de La Recherche mais toujours pris au hasard et que je lis jusqu'à ce que le reste du récit me revienne parfaitement en tête, et alors j'oublie à nouveau tout et six mois plus tard je peux recommencer n’importe où dans n’importe quel volume, j'aime la photographie du camionneur dans un diner (routier) de Robert Frank et sa fourchette en suspens, j'aime aller encourager mes copains du rugby et j'aime quand ça chambre, même quand ce n'est pas très malin ― il est fragile !, Depuis le début! ―, j'aime aller relire des passages de mes tapuscrits au BDP et, parfois, y rencontrer une connaissance et discuter avec cette dernière ― et ne pas avancer sur mon tapuscrit et d’en concevoir une très légère honte, très légère la honte ―, surtout quand c'est Hélène Gaudy, Mélanie Gourarier ou Baptiste Bouquin qui me dérangent, j'aime arriver le premier, matinal, au marché du dimanche et parfois même aider les maraîchers à installer leurs étalages et j'aime le poids des légumes et des fruits dans mes mains et leurs promesses, j'aime quand Émile m'aide à remonter le lourd sac de ces provisions hebdomadaires, j'aime aller voir et revoir certains tableaux du Louvre, comme La Vierge de Maître Rolin de Van Eyck, le Saint-Sébastien du Pérugin, les autoportraits de Rembrandt, mais je crois que je l’ai déjà écrit, le Radeau de la Méduse de Géricault ― c’est bête je crois que je n’aimais pas ce tableau plus que cela, je le disqualifiais un peu hâtivement, le rangeant sommairement dans la catégorie de la peinture au goudron, et puis mon ami Martin s’en est entiché, a travaillé dessus, et maintenant c’est mon tableau préféré, avec les autoportraits de Rembrandt, la Sainte-Anne de Vinci, La Mort de Sardanapale de Delacroix qui est mon tableau préféré ― et aussi celui du personnage de Marie dans La Fiancé du pirate de Nelly Kaplan, on en voit une reproduction accrochée au mur de sa chambre et j’adore, est-il utile de le mentionner ? repérer ce genre de détails, en fait je ne vais au cinéma que pour ce plaisir ―, l’Hermaphrodite de Bernini, qui ne me laisse pas de marbre, mais à un point, La Nef des fous de Bosch, Le Jugement dernier de Memlinc, La Crucifixion de je ne sais plus quel peintre flamand dont je n’arrive jamais à retenir le nom, il y a de très nombreux tableaux de lui au musée des Beaux-Arts de Gent, toute la statuaire du Moyen-Âge en France ― et nous sommes bien d’accord que la plus belle des sculptures du Moyen-Âge, la plus belle tête de chapiteau, c’est La Fuite en Egypte de la cathédrale d’Autun ―, les pas si nombreux tableaux des collections espagnoles, dans lesquelles il y a, malgré tout, une petite Ménine de Velázquez, qui ne donne pas sa part au chien, et le jeune mendiant de Murillo qui me touche comme aucun autre tableau, j’aime par-dessus tout une miniature de descente de croix comme couvercle en ivoire d’une petite boîte ouvragée de toutes parts, artiste inconnu ― j’aime assez, souvent, les œuvres d’artistes inconnus d’A. Nonyme, et j’aime beaucoup aussi des tas et des tas d’œuvres intitulée Sans Titre ―, la Piéta de Villeneuve-lès-Avignon de Quarton est le plus beau tableau du monde, à moins que ce ne soit La mort de la Vierge par le Caravage, à moins que ce ne soit l’autoportrait de Dürer, mais j’ai des doutes quand je vois le portrait de Marie-Louise de Tassis de Van Dyck, mais alors je me demande si je ne préfère pas encore son interprétation par mon ami Martin Bruneau, lequel tableau, celui de Martin pas celui de Van Dyck, trône au-dessus de ma table de travail, je lève les yeux et « Oh, Marie-Louise de Tassis ! » ― un peu défigurée tout de même ―, je peux être tétanisé devant le ventre de la Bethsabée de Rembrandt, mais on aura compris que pour moi Rembrandt est le champion du monde de la peinture de tous les temps, mais est-ce que L’Astronome de Vermeer ne pourrait pas être le plus beau tableau de toute l’histoire de l’art, et bien que j’ai un petit faible tout de même pour La Bohémienne de Frans Hals, naturellement La Déploration du Christ par Dirk Bouts fait pleurer sa mère, de beauté, Guillaume Kazerouni devait prendre des produits pour peindre La Vision de Saint-Bernard, je suis fou du portrait d’un vieillard et d’un jeune garçon de Ghirlandaio ― la tunique cinabre, le nez du vieillard, bien sûr, mais aussi le profil quasi-raphaélite du petit garçon ―, mais rien de tout ceci n’est aussi beau, je ne crois pas, que les colonnades des églises égyptiennes reconstituées dans les caves du Louvre, mais au Louvre, nous sommes bien d’accord, rien n’est au-dessus de La Bataille de San Romano par Uccello, et, si je ne sors pas du Louvre tout de suite, nous y serons encore dans mille trois cents pages, traversons, hardiment, la Seine, à la gare d’Orsay qui est le plus mauvais musée du monde ― je n’aime pas le cinéma de Rohmer et je déteste le musée d’Orsay ―, se trouvent, malgré tout, quelques chefs d’œuvre, je ne vais pas tous les énumérer, ― comme, par exemple, à titre d’exemple, L'Origine du monde de Courbet, Les Glaneuses de Jean-François Millet, l'autoportrait de Vincent Van Gogh qui est le seul qui puisse rivaliser avec ceux de Rembrandt et les autoportraits du photographe John Coplans ― Rembrandt, Van Gogh, John Coplans et Édouard Levé, sont les trois maîtres absolus de l’autoportrait, non, Rembrandt, Van Gogh, John Coplans, Édouard Levé et Cindy Sherman sont les quatre maîtres absolues de l’autoportrait ―, les coquelicots de Monet, forcément, et les joueurs de cartes de Paul Cézanne, les danseuses de Degas, voilà les œuvres ultimes, surtout au pastel, je peux tolérer Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte, l'air de ne pas trop y croire, La Toilette de Toulouse-Lautrec, je pourrais donner dix ans de ma vie pour avoir pu caresser les épaules de son modèle et dix autres années pour embrasser, et lécher, les sourcils de Berthe Morisot telle qu’Édouard Manet l’a peinte ―, non, qu’on se rassure, je ne vais pas passer la journée à Orsay que je déteste presque autant que le cinéma de Rohmer, mais, tout de même ! les dindons de Monet et Les Femmes de Tahiti de Gauguin ― il est absolument obligatoire, par ailleurs, de lire Le Vertige danois de Paul Gauguin de Bertrand Leclair, ce n’est même pas discutable, si vous voulez avoir une petite chance, même une toute petite, d’effleurer du doigt l’incroyable lutte des artistes contre leur sentiment d’imposture ―, je m’arrête là, Picasso ― oui, j’ai retraversé la Seine ― est hors concours, cela ne compte pas, mais sans lui on peut se poser la question de savoir si j’aurais pu préférer, par-dessous tout le reste, les petits tableaux de Paul Klee, ceux de Kurt Schwitters, Fernand Léger, Laszlo Moholy-Nagy, qui, nous le verrons, est le patron, Malevitch, bon, j’accélère un peu ― je fais un peu comme Zoé quand elle a mal révisé ses fiches d’histoire et qu’elle dit : « bon j’accélère un peu » ― Jackson Pollock, Franz Kline ― je sais je l’ai déjà dit, mais tant que Pierre Soulages ne sera pas mort et enterré, voire oublié, je continuerai de le dire et de le redire : rien n’est plus beau qu’un tableau de Franz Kline, le cinéma de Rohmer, le musée d’Orsay et la peinture de Pierre Soulage sont les trois choses que je déteste le plus au monde ―, Willem de Kooning, Joan Mitchell, Mark Rothko, Sam Francis, Jasper Johns qui est le plus grand peintre de tous les temps avec Rembrandt ― Rembrandt les gens en ont entendu parler mais Jasper Johns c’est plus rare ―, Cy Twombly qui est l’autre peintre qui peut rivaliser avec Rembrandt et Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Ed Rusha, de toute manière pour ce qui est de la peinture, j’arrête là, je suis sûr que je vais y revenir, et puis on s’en fout un peu non de ce que je préfère dans la peinture, ou que, par exemple, ce que je préfère par-dessus tout comme période picturale c’est l’expressionisme abstrait, qu’en littérature c’est le Nouveau Roman, en cinéma La Nouvelle Vague, en fait juste Godard, et en musique, le free jazz, à propos duquel il faut quand même que je note que j'aime tellement quand je ne suis pas bien sûr quel disque je vais mettre et que mon regard tombe immédiatement sur un disque que j'ai très envie d'écouter, j'aime faire l'amour, ben oui, ce n'est pas très original, et ce que j’aime le plus dans ce domaine, sans me répandre dans mille vils détails qui ne regardent personne d’autre, ce que je préfère dans l’amour ce sont les inattendus, les surprises, les sensations imprévues, ce qui se réveille d’un seul coup sans qu’on n’ait pu ni le prévoir ni le deviner, encore moins en faire la demande, ce sont des gestes certes, mais davantage les gestes en eux-mêmes que les sensations qu’ils produisent, encore que j’aime bien les fellations ― il en est parfois question dans mes romans, je ne le fais pas toujours exprès mais c’est assez pratique une scène de fellation, ou de cunnilingus, dans un récit, pendant que toute l’attention est monopolisée par cette scène sexuelle, vous pouvez cacher des trucs pas racontables ou qui vont resservir plus tard et personne ne fait attention à ce moment-là, c’est ce que je préfère faire pendant les fellations et les cunnilingus, c’est déposer, l’air de rien, le bruit du camion de poubelle au même moment ―, j’adore les collages fortuits que je réalise en serrant des images que j'aime bien dans mes sous-verres ― oui je sais je passe un peu du coq-à-l’âne (de la fellation à l’art du collage) et c’est justement ce que je préfère faire dans toute l’existence, la libre-association ―, j'aime lire dans les Cévennes dans mon vieux fauteuil délabré, la fenêtre ouverte sur la vallée de la Cèze à contre-jour et j'aime, par-dessus tout, écrire sur ma petite table de biais, et de guingois, qui regarde dans la direction du Bousquillou, j'aime chercher des champignons, j'aime aussi en trouver bien sûr mais je crois que ce que j'aime par-dessus tout c'est en chercher, j’aime ce sentiment d’alerte en moi quand je cherche des champignons, j’aime descendre en Arles ― je n’ai jamais compris pourquoi on disait en Avignon et à Arras, mais il y a sûrement de bonnes raisons à cela et j’adore les exceptions ― descendre en Arles, donc, avec ma fille Sarah pour visiter TOUTES les expositions des Rencontres dans la même journée, j’aime la déposer exsangue en fin de journée à la gare d’Arles pour qu’elle prenne son train de 18H54 et rejoigne ses amies à Nîmes, et j’aime retrouver B. en fin de journée et aller dîner à L’Entrevue place Nina Berberova avec elle, j’aime marcher avec B. sur les rives du Rhône, finir par capituler quand les moustiques attaquent en piqué depuis les platanes ― qui sont mes arbres préférés avec le ginkgo biloba et les vieux châtaigniers atteints par l’encre, j’aime les grandes feuilles de paulownia et j’aime les mexicans cigars des catalpas, j’aime les marronniers en fleurs du boulevard Arago à Paris, les magnolias en fleurs aussi, les peupliers en automne, ces grandes torches jaunes, j’aime l’infinité de couleurs grises et ternes sur les troncs des chênes en hiver et j’aime, par-dessus tout le petit bois de hêtres, droits et fiers à l’orée de la Garde de Dieu, dans les Cévennes, j’aime l’image de leur résistance, toute l’année, battus par le vent opiniâtre des Cévennes, la rigueur de l’hiver là-bas et ces hêtres tellement droits, fiers donc ― et j’adore remonter d’Arles dans les Cévennes dans la chaleur de la nuit estivale, tous carreaux ouverts en conduisant (un peu) vite dans les virages, j’aime écouter des émissions de radio en conduisant en été, même des émissions de radio que je n’écouterais jamais le reste de l’année, même des émissions au contenu hostile, je crois même que ce que je préfère par-dessus tout ce sont les conférences à l’université populaire de Caen de Michel Onfray et l’entendre pérorer en disant des énormités, je crois que c’est vraiment ce que je préfère par-dessus tout à la radio ― je sais, c’est un peu pervers, mais c’est tellement bon ―, j’aime les blagues débiles que Zappa raconte entre les morceaux dans les enregistrements en concert, surtout celles de ses descriptions des Monster movies pour introduire Cheepnis dans Roxy And ElsewhereTom Waits est également très fort dans cet exercice de la blague pour donner le temps au contrebassiste de se réaccorder, façon, you are a much better audience than last night ! ―, j’aime La Grande Illusion de Jean Renoir, j’aime tout dans ce film ― streng verboten ! ―, j’aime le piano de Bill Evans, mes deux pianistes préférés sont Bill Evans, Thelonious Monk et Jacques Demierre, mes quatre contrebassistes préférés sont Malachi Favors de l’Art Ensemble of Chicago et Sarah Murcia, mon instrument préféré c’est la contrebasse, le piano et le saxophone ténor ― et le baryton ―, j’adore la confiture, je crois que c’est ce que je préfère dans la vie et la confiture que je préfère, entre toutes, c’est la confiture de tomates vertes, j’aime les sketchs des Monty Python, mes deux sketchs préférés des Monty Python sont Le Concours de résumé de Proust, Le ministère des démarches curieuses et L’Inquisition espagnole, non, mes quatre sketchs préférés des Monty Python sont Le Concours de résumé de Proust, Le ministère des démarches curieuses, Les Cinq Hommes du YorkshireYou try and tell this to young people today, they wouldn't believe you! — et L’Inquisition espagnole, non, mes quatre sketchs préférés des Monty Python sont Le Concours de résumé de Proust, Le ministère des démarches curieuses, Les Cinq Hommes du Yorkshire, La Coupe du monde des philosophes et L’Inquisition espagnole, non, mes quatre sketchs préférés des Monty Python sont Le Concours de résumé de Proust, Le ministère des démarches curieuses, Les Cinq Hommes du Yorkshire, La Coupe du monde des philosophes, Le Faux Cambrioleur qui vend des encyclopédies ET L’Inquisition espagnole, non, mes cinq sketchs préférés des Monty Python sont ... Ah Fuck it, you get the drift Mate, j’aime Les Saisons de Maurice Pons, j’aime le pantin en bois qu’Émile a fabriqué quand il était encore à l’école Decroly, j’aime l’oreille géante modelée par Sarah et j’adore le porte-banane en céramique de Zoé ― une maison qui ne serait pas équipée d’un porte-banane est une maison invivable, de même qu’une maison qui n’aurait pas abrité un théorbe, un X25 (note pour Sarah, c’est quoi le nom du synthé dont tu joues dans les Sex Pistols et dans Eyeballing ?), voire, à l’extrême rigueur, une viole de gambe, est une maison sans âme ―, j’aime la photographie d’Arnaud Claass intitulée Laura, Cahors, 1982, je me demande même si ce n’est pas la plus belle photographie de toute l’histoire de la photographie, mais j’aime bien aussi les photographies des différentes étapes de construction de la Tour Eiffel et j’aime beaucoup la Tour Eiffel, j’aime, par-dessus tout, les Variations Golberg par Glenn Gould et je trouve débile la blague de Woody Allen à leurs propos dans Stardust Memories ― en fait je crois que je déteste tout dans Woody Allen, il fallait que je le dise ―, j’adore Harry Dean Stanton et Bruno Ganz, pour moi ce sont les deux plus grands comédiens que la Terre n’ait jamais portés, surtout Harry Dean Stanton et surtout Bruno Ganz, j’aime la sculpture représentant Léon Blum par Philippe Garel sur la place éponyme ― j’aime beaucoup le mot éponyme, je me demande même si ce n’est pas mon mot préféré dans tout le dictionnaire, le mot éponyme dont je ne sais jamais exactement ce qu’il veut dire, mais c’est vraiment un mot que j’aime bien ―, dans la sculpture de Garel, j’aime à la fois le geste de modelage bâclé dans le bas du manteau et le coup de l’écharpe moulée et qui bat au vent, j’aime cet oxymore du bronze léger, j’aime arriver le premier, tous les matins, dans l’open space dans lequel je travaille et ne pas allumer la lumière, j’aime ne pas allumer la lumière dans les endroits familiers, j’aime marcher en forêt même sans trouver de champignons, parce que je ne peux pas dire sans en chercher parce que même quand la forêt est enneigée je sens bien qu’il y a une partie de moi qui continue d’en chercher, j’aime conduire pour aller passer deux ou trois jours à Autun, j’aime traverser la plaine d’Avallon, j’aime conduire le dernier bout entre Saulieu et Autun, j’aime arriver à Autun et y être toujours chaleureusement accueilli par le bon sourire de mon ami Martin, sa taquinerie, et l’étreinte chaleureuse de mon amie Isa, j’aime m’installer au bar et entamer, tout de suite, la conver- sation, j’aime donner un coup de main à Isa pour ce qui est de préparer le dîner et apprendre mille choses, mille idées et mille façons de faire, j’aime cette sorcellerie des mille secrets par-dessus tout, j’aime tellement mon amie Isa, j’aime Garance et Rose leurs enfants, j’aime, d’une tendresse singulière, les enfants de mes amis, alors que je n’aime pas les enfants en règle générale, je n’aime pas les enfants, c’est mon droit le plus strict, en revanche, tout comme les chiens et les chats, que je n’aime pas non plus, les enfants, les chats et les chiens m’aiment, les chats m’aiment, c’est une question d’odeur de sueur, les chiens parce que les chiens aiment tout le monde indifféremment, et les enfants m’aiment parce que les enfants savent que je sais et que je sais que les enfants savent que je sais ― j’aime écouter de la musique en étant très concentré et à fort volume, pas très loin des enceintes, dans un état de concentration tel qu’il peut me conduire à l’assoupissement, j’aime la folie de Don Quichotte, sa folie pas vraiment folle, sa folie qui est la nôtre, donc complétement folle, son ivresse de récits qui est l’ivresse par excellence ― naturellement Cervantès est le plus grand écrivain de tous les écrivains, c’est l’écrivain de tous les écrivains ―, j’aime, par-dessus tout, les tableaux de Mark Rothko peints pour le Seagram Restaurant à New York et qui sont désormais exposés dans la pénombre calculée au lumen près à la Tate Gallery à Londres où je n’aime pas aller ― je n’aime pas Londres, c’est mon droit absolu, je n’aime pas les enfants (je tolère les miens, c’est déjà pas si mal), les films de Rohmer, le musée d’Orsay, Pierre Soulage, les chiens, les chats et Londres ―, mais à Londres j’aime bien quand même les toiles de Rothko à la Tate, La Baigneuse de Rembrandt ― surtout ses cuisses ― à la National Gallery et le magasin de disques de jazz sur Charing Cross ― pendant les trois années que j’ai vécues à Portsmouth, j’ai acheté cinq disques de jazz tous les mois, parce que j’avais calculé que le prix de cinq disques de jazz équivalait, peu ou prou, au prix de ma consommation mensuelle de tabac, avant que je n’arrête, et je les ai presque tous achetés dans ce petit magasin de Charing Cross et j’adorais piocher dans leur bac labellé Rare as hen’s teeth (rares comme les dents de poule), dans lequel, notamment, j’ai un jour trouvé et acheté le vinyle des Hilversum Sessions d’Albert Ayler dont je fais très grand cas, en fait c’est mon disque préféré de tous mes disques ―, sinon je crois que je déteste tout à Londres, j’aime Picasso — toutes périodes confondues —, La cinquième symphonie de Malher, les omelettes norvégiennes — à vrai dire je n'en ai goûté qu'une seule fois, enfant, en colonie de vacances à Villars-de-Lans, où j’ai, aussi, connu mon premier émoi érotique à la scène de sortie des vagues de l’actrice Ursula Andres dans James Bond contre Docteur No de Terence Young, projeté sur un drap tendu dans la salle de la table de ping-pong, quand j’y repense, quel cumul cette colonie de vacances, Ursula Andres et l’omelette norvégienne ! — j’aime les mangues et les oranges, j’aime travailler, écrire, dessiner, photographier, lire — mais je lis peu et très lentement, je crois que je suis dyslexique — j’aime les dessins du Lièvre de Mars, le double-blanc des Beatles, L'Agneau mystique de Van Eyck, la série Recto/Verso de Robert Heinecken ― et j’aime, par-dessus tout, le souvenir de la découverte de cette série quand Bart Parker m’avait emmené dans une galerie de l’Illinois Center pour me faire découvrir une exposition de ces images, un an plus tard j’étais l’assistant de Robert Heinecken et j’avais tout fait pour ça (et j’ai drôlement bien fait) et je réalisais des tirages par contact de ces fameuses pages de magazine, c’est bien simple, dans l’atelier de Robert, j’assistais à des miracles tous les jours ―, j’aime la draille de la Garde de Dieu dans les Cévennes ― c’est le plus bel endroit au Monde et c’est là que je souhaite que mes enfants dispersent, plus tard, pas tout de suite, pas de mon vivant, mes cendres, ils le savent, je le leur dis depuis qu’ils sont tout petits, je sais c’est mal ―, j’adorais les petits déjeuners avec une gueule de bois à Leo's à Chicago, les parties de billard, surtout à la boule 9, jusqu'au milieu de la nuit, j’aime toujours jouer aux échecs en blitz, relire certaines parties de Kasparov et de Fischer, les films de Michael Haneke ― j’aime leur mécanique implacable ―, les Nymphéas de Monet, les fleurs coupées, surtout les lys ― mais aussi les roses rouges et le lilas, j’en achète toutes les semaines Madeleine elle aime tant ça, le lilas dont j’aime par-dessus tout la couleur violine, et le parfum si capiteux, seule odeur capable de me consoler de la disparition de l’odeur de ma fille Sarah quand elle était bébé ―, la peinture gothique du musée des Unterlinden à Colmar ― et ça c’était avant que je ne découvre la peinture gothique catalane au MNAC à Barcelone, qui est possiblement le plus beau musée du monde avec le MOMA de New York ―, la cuisine roborative, le jeu de Memory, Je me souviens ― surtout tel qu'il est interprété par Samy Frey ― et aussi Espèces d’espaces de Georges Perec ― mais presque plus tous les autres livres de Perec dont je faisais pourtant grand cas par le passé, mais c’était avant ―, le dimanche matin dans le brouillard, les pains aux raisins et les chaussons aux pommes et le pain cramique de Bailleul, les films de James Bond — tous sans exception, je sais, c’est mal, la faute à Ursula — la réglisse, les crayons de couleur, regarder le rugby à la télévision — plus tant que cela maintenant, labour sans étincelles, je préfère, désormais, et de loin, regarder et encourager mes copains de Vincennes contre d’autres types maladroits comme eux — les fish and chips, même très gras et servis dans du papier journal, et, si possible, dans la page 3 du Sun, parce que cela me rappelle des souvenirs adolescents, rangés pas très loin dans ma mémoire de ceux d’Ursula Andres ou de Chris Evert, je n’insiste pas, lire des haïkus ― le matin, pas le soir, le soir cela m’empêche de dormir, le matin cela me réveille, le haïku est plus fort que le café ―, La Ronde de nuit de Rembrandt ― qui est le plus invraisemblable tableau du monde avec les Ménines de Velázquez, les tableaux de Rothko, les Targets de Jasper Johns, certains Combines de Robert Rauschenberg, L’École de Fontainebleau et Les Neuf Discours de Comode de Cy Twombly, les Trois grâces de Raphael, Le Jugement dernier d’Hans Memlinc, mais je l’ai déjà dit, Le Jugement dernier de Roger Van Der Weyden aux hospices de Beaune ― et si la préposée me laisse jouer avec la télécommande de la loupe, alors-là, revenez me chercher à la fermeture, et ça je ne l’ai pas encore déjà dit et c’est celui-là le plus tableau du monde, avant La Ronde de nuit ―, Barbara Crane qui est la plus grande photographe de tous les temps, la musique de John Cage qui chaque fois a raison de tout avec moi, le piano c’est l’instrument du diable et le piano préparé c’est pire, Ornette Coleman, John Coltrane et Albert Ayler, pour le saxophone, Charles Mingus, Charlie Haden et Gary Peacock pour la contrebasse ― même si j’ai dit que c’était Malachi Favors et Sarah Murcia, je sais ce que je dis ―, Thelonious Monk et Bill Evans pour le piano ― même si je l’ai déjà dit ―, tout le Sud de l'Île de Wight, du phare de Sainte Catherine à la pointe occidentale de l'île, les jeux de dextérité, les labyrinthes, la salade de fruits en boîte, faire la sieste dans les Cévennes, même seul, j’aime me réveiller de ma sieste dans la chambre des Cévennes, apercevoir mon rêve s’enfuir par une des nombreuses anfractuosités entre les murs et le plancher, et disparaître, à jamais, à la façon d’une anguille et j’aime beaucoup les anguilles grillées d’Ippudo, j’ai aimé, comme j’ai aimé ! les livres d’Éric Chevillard ― que j’ai tous lus à leur parution, depuis 1987, depuis Mourir m’enrhume et il n’y a que de Jean- Philippe Toussaint et d’Éric Chevillard que je puisse dire la même chose ― et j’ai détesté l’entourloupe du dernier tome de L’Autofictif et donc, je ne lirai plus jamais les prochains livres de Chevillard, même si on me dit qu’ils sont encore meilleurs que tous les autres que j’ai déjà lus, je n’aime pas les enfants ― je tolère les miens et deux de mes amis ―, le cinéma de Rohmer, je n’aime pas les chats et les chiens, je n’aime pas Londres et je n’aime plus les livres d’Éric Chevillard, j’aime, j’adore, les livres et l’humour de Jean-Philippe Toussaint et je crois que je n’ai jamais ri aussi fort, de toute ma vie, quand j’ai découvert le film dont il est question dans Made In China et dont il donne l’URL à la fin du livre, j’aime rire, j’aime rire à en pleurer, j’aime rire jusqu’à l’énurésie, ce qui a manqué de se produire à un passage d’Histoire de la littérature récente d’Olivier Cadiot ― le chapitre intitulé Papa travaille, le coup de la porte du réfrigérateur ―, et, parce qu’on se rapproche d’un sujet qui fâche, avec Cadiot, entre Sarah et moi, je préfère, tout de suite, dire que le patron c’est Pierre, « Sarah, le Patron c’est Pierre ! », j’aime, c’est nouveau, faire des photographies carrées avec mon téléphone de poche (attention page un peu loude, 236 Mo), j’aime écrire de longs messages textuels ― je crois que l’on appelle cela des SMS pour Short Message System, et justement mes messages à moi sont rarement short (courts) et j’adore Short Cuts de Robert Altman (avec The Long Goodbye qui est mon film préféré), des longs messages textuels pas très informatifs donc, à mes amis quand je me déplace en métropolitain et je suis toujours ébahi et ébaubi de me dire qu’ils et elles les reçoivent alors que je voyage encore dans les entrailles et les souterrains de la ville, j’aime passer à l’improviste chez mon grand Clément et sa petite Juliette pour tester leur nouvelle machine à café qui n’est plus nouvelle depuis trois ans, mais qu’il faut tout de même tester de temps en temps, sait-on jamais, j’aime recevoir les messages textuels de Zoé qui m’informe qu’elle est dans le bus, mais justement elle n’écrit pas qu’elle est dans le bus, elle écrit des trucs du genre, je suis dans les choux, je suis dans un état second, je suis dans l’errance, je suis dans ton estime, je suis en transit, je suis en larmes, je suis sens dessus dessous, je suis dans la licorne n°46, je suis dans le caviar d’aubergines, je suis dans une adaptation cinématographique, je suis dans une rue déserte, dernière cigarette, je suis dans un escargot violet extraterrestre, je suis dans une chanson de Jacques Higelin ― je pars ―, je suis dans l’ordre décroissant, je suis dans le cas échéant, je suis dans les parages, je suis dans la misère, je suis en proie à la colère, je suis dans le contexte, je suis dans le pâtéZoé ―, j’aime les private jokes, je sais très bien que c’est très mal mais je ne peux jamais m’en empêcher, même quand je me jure de ne pas en faire, je continue d’en faire, je jure qu’il n’y a pas de private jokes dans My Favorite Favorite Things, presque pas une seule, j’aime les gestes simples que certains collègues ont pour d’autres collègues cette semaine de deuil d’un ancien collègue, de manière générale, j’aime voir les petites choses qui se détachent à peine de la masse indifférenciée du réel mais en sont justement les accents, j’aime quand les musiciens accordent leurs instruments en un tour de main et qu’on entend, dans le public, qu’effectivement ça sonne juste, qu’ils et elles ont le même la ― je n’ai aucune oreille musicale, je leur fais confiance ―, j’aime les livres d’Erri de Luca et pourtant cela avait mal commencé entre lui et moi, j’avais débuté par Trois chevaux que je n’aimais pas du tout et c’est seulement une quinzaine d’années plus tard que j’ai découvert, ébloui, Le Tort du soldat, je peinais même à comprendre qu’il ait pu s’agir du même auteur, tellement poseur dans Trois Chevaux, et, au contraire, parfaitement juste dans Le Tort du soldat, j’aime les plans-reliefs dans les sous-sols du palais des Beaux-Arts de Lille, j’aime regarder la ville de Ieper ― Ypres ― en réduction et me dire, amusé, que c’est dans cette ville que mes ancêtres vivaient et je les imagine tout petits, minuscules au point de vivre dans des maison hautes de deux ou trois centimètres, mais à vrai dire je crois que j’aime absolument tout ce qu’il y a, par ailleurs, de moyenâgeux dans ces mêmes sous-sols du palais des Beaux-Arts de Lille, notamment quelques sculptures en bois dont les veines donnent une vie admirable aux Vierges apparues dans ces petits rondins, et aux doigts tellement fins, j’aime la vibration de l’air dans les salles de concert de musique classique, les grands orchestres, tout le protocole en revanche me fait chier, mais l’absolue fragilité de l’ensemble en plein concert, vulnérabilité qui s’inscrit dans l’air même que l’on respire, oui, j’aime cela, au-dessus de tout, j’aime les séances de ciné-club, surtout les vieux films, au cinéma L’Univers à Fontenay-sous-Bois : j’aime voir, pour la première fois sur grand écran, des films que j’ai vus tant et tant de fois sur petit écran, comme La Grande Illusion de Jean Renoir, par exemple, et alors j’ai le sentiment que ce sont de vrais fantômes qui apparaissent à la surface de cet écran tellement grand ― Gabin, Von Stroheim, Fresnay ―, j’adore quand mon ami Hanno, tromboniste du Surnatural Orchestra ― j’aime bien le trombone, même si ce n’est pas mon instrument préféré, lui préférant, notamment, le soubassophone et le basson à palettes ―, s’approche du public et se met à dire un peu ce qui lui passe par la tête et que c’est littéralement ce qui lui passe par la tête, c’est à la fois informe et drôle et surtout, cela n’a ni queue ni tête, et j’aime par-dessus tout ce qui a ni tête ni queue, j’aime retrouver mes amis musiciens après leur concert et avoir des petites conversations de pas grand-chose, comme de recommander à Gilles Coronado de se mettre au théorbe électrique, de rigoler avec Sylvaine Hélary des signes de nos vieillissements respectifs ― limite des jeunes gens nous laisseraient leur place assise dans le métropolitain ― que nous tentons d’appréhender avec distance et humour, encore hier soir, j’aime tellement quand un ami, croisé dans la rue, me dit qu’il a lu mon article sur l’autisme dans Lundi Matin et qu’il dit, plein d’appréciation, que l’article envoie du bois ― on est peu de choses ― j’aime les petits tiroirs en bois qui agrémentent les étagères de ma bibliothèque dans ma chambre, ou les rayonnages du garage, et ne jamais tout à fait me rappeler ce qu’ils contiennent et, le vérifiant, me demander ce qui a bien pu me passer par la tête quand j’ai décidé de ranger ces objets-là dans ce tiroir-ci, et pourtant je suis certain de ne pas l’avoir fait au hasard, même si cela revient au même à la fin, j’aime le hasard, j’aime Le Hasard de Kristof Kieslowski, j’aime, certains matins, en buvant mon café, un de mes innombrables cafés, sortir de ces rayonnages sans ordre la monographie d’August Sander et regarder attentivement une dizaine des visages de ces Hommes du XXème siècle ― de cette même manière attentive qui, un jour, en regardant un documentaire à propos de la montée du nazisme, parmi les images d’archives, dans une scène de foule, m’a fait remarquer un jeune homme qui avait dû être photographié, plus ou moins à la même époque, par August Sander, je suis certain que l’on doit pouvoir composer un seul mot en allemand pour décrire ce sentiment étrange de retrouver le même anonyme dans deux documents d’archives différents, je vais dmander à Bettina, das Erstaunlicheswiederkennengefühl (avec Bettina, c’est vraiment L’Allemand sans peine) ―, j’aime, le matin qui suit un concert, d’écouter le disque acheté à la sortie, ― hier soir, au concert de Sylvain Cathala, j’ai oublié, quel con ! ― et de découvrir, avec plaisir, la qualité de l’enregistrement et d’être admiratif des musiciens, mes amis, j’aime prendre mon temps les matins de jours de congé, seul, j’aime découvrir, j’avais oublié, sur un de mes disques durs, que j’avais téléchargé, il y a quelques temps déjà, tel ou tel film et le regarder ― Douze hommes en colère de Sidney Lumet (et même si Sidney Lumet n’est pas tout à fait mon cinéaste préféré) ― , même si ce n’est pas du tout le moment pour regarder ce film, un matin par exemple, j’aime le vendredi soir en sortant du travail passer à la librairie ― les disquaires n’existent plus, détruits qu’ils ont été par la Fédération Nationale d’Achats des Cadres qui n’en vend presque plus, cela valait bien la peine de tuer tous les disquaires et pas les coiffeurs ― et y acheter une vieille galette de jazz qui va m’accompagner tout le week-end ― Cosmic Scene de Duke Ellington ― et un petit livre au passage, dont je ne vais faire qu’une bouchée ― La Tablée de Pierre Michon, Sarah le patron c’est Pierre (et Duke !) ―, j’aime découvrir dans ma boîte aux lettres l’envoi d’un livre d’un ou d’une amie, ce matin, Le Son comme arme de Juliette Volcler dont j’ai adoré Contrôle, j’aime remettre le disque que j’ai déjà écouté le matin-même, j’aime certains anciens jouets de mes enfants devenus grands, les enfants, pas les jouets, et dont je fais des éléments décoratifs dans ma chambre, telle baleine, tel dimétrodon et tel labyrinthe à billes, j’aime le pot de confiture de la marque Parfait, dans lequel je conserve certains des petits mots que mes enfants m’ont laissés sur des feuillets carrés détachés d’un gros bloc cubique dont nous nous servons, toutes et tous à la maison, pour nous laisser des messages ― Papa, NE T’INQUIETE PAS, on est partis à la Gay Pride avec Émile ―, j’aime quand on retrouve, de mémoire, des usages perdus, hier soir, Antonin Rayon me parlait des carnets de prêts, ces registres dans lesquels on consignait avoir prêté tel ou tel disque ou tel ou tel livre, à tel ou telle amies, j’aime la rangée ordonnée de mes nombreux disques de John Coltrane période Impulse! avec leurs tranches oranges et noires, j’aime la pile accusatrice de livres que je n’ai pas encore lus, pile qui parfois enfle et grimpe, hors de toutes proportions, sur ma table de chevet, j’aime ce sentiment de réserve, de disposer d’une réserve de lecture ― cette assurance que je ne vais pas manquer de lecture pour les quarante-sept prochaines années ―, j’aime les différents chaudrons en céramique de mon amie Isa Bordat, j’aime le mystère profus de ses créations et j’aime aussi, tellement, me servir de ses créations en céramique pour cuisiner, servir un gratin, des lasagnes ou un tiramisu dans son grand plat vert céruléen ! j’aime les photographies de Mario Giacomelli, mais j’aime aussi celles de Josef Sudek, d’Eugene Smith, la photographie du condamné à mort de Stuart Alexander pour ce qu’elle permet de génial, de presque transcendantal, à Roland Barthes dans La Chambre claire, j’aime les photographies de Joel Sternfeld et de Stephen Shore, de José Brangulíj’ai même écrit toute une théorie photographique à propos des images de Brangulí mais qui tombe complètement à plat dès qu’on examine certaines dates avec un peu de précision, ce qui n’est pas mon fort, ma grande théorie de la photographie en tant qu’art modeste, à rebours de celle de Pierre Bourdieu à propos de la photographie comme art moyen, est foutue, elle devait pourtant m’assurer notoriété et profit ―, j’aime les photographies de Martin Parr, celles de l’Angleterre populaire en couleurs, les photographies de Corinne Mercadier, de Bernard Plossu ― même si je m’en fais souvent le reproche, c’est tellement gnan gnan, et tellement beau ― celles de William Klein à ses débuts à New York et après je déteste tout le reste ― je me demande même si je ne déteste pas les photographies de William Klein plus encore que celles d’Henri Cartier-Bresson, je n’aime pas les enfants ― je tolère les miens, et, parfois, ceux des autres ―, je déteste les films de Rohmer, le musée d’Orsay et Pierre Soulage, je n’aime pas les cats et les quiens, je déteste Londres, je ne lirai pas les futurs livres d’Eric Chevillard et je déteste donc, les photographies de William Klein et d’Henri Cartier-Bresson ―, j’ai une profonde admiration pour les recherches sans fin, et jusqu’à la fin de sa vie, de Walker Evans, j’aime par-dessus tout qu’une de ses toutes dernières photographies soit celle représentant le poêle à bois de Robert Frank à Mabou en Nouvelle-Écosse, je crois que mes photographies préférées de toute l’histoire de la photographie sont les photogrammes de Laslo Moholy- Nagy ― en photo, le patron c’est Lazlo ―, j’aime The Ballad Of Sexual Dependency de Nan Goldin et moins le reste, j’aime certaines photographies de Man Ray et beaucoup moins toutes celles de ses chahuts de vieux garçon ― son Kâma-Sûtra avec des pantins en bois, pitié ! ―, j’aime les photographies de Paul Graham, de Hannah Collins que j’aime par-dessus tout, j’aime La Maja de Goya, surtout celle nue ― je sais ce n’est pas exactement de la photographie mais sa carte postale est sur mon bureau et je venais juste de lever le nez pour réfléchir à ce que je voulais écrire, et il y avait ce grand corps nu de femme, on est vraiment peu de choses ―, j’aime les photographies de mes anciens professeurs et professeures de Chicago, Karen Savage, Barbara Crane, Bart Parker, Robert Heinecken, Kenneth Josephson, Joyce Neimanas et Joan Fontcuberta qui est l’homme le plus drôle de tout l’univers même si je ne l’ai jamais vu sourire, j’aime les photographies de Felice Beato ― j’aime par-dessus tout sa Salade de bébés ―, Étienne-Jules Marey ― dont j’aime tant les reconstituions de mouvement, surtout celle du vol du pélican, et je préfère toute son œuvre à celle d’Edward Muybridge que j’aime pourtant beaucoup, mais je préfère Étienne-Jules Marey et c’est mon droit le plus strict ―, Araki dont j’aime la démence boulimique, c’est lui le photographe qui met fin à l’histoire de la photographie, après lui la photographie devient une histoire de poètes, d’anonymes ― un art modeste ―, je me comprends, Richard Avedon ― seulement ses portraits du Grand Ouest, mais alors ce sont des images devant lesquelles je pourrais me prosterner ―, Dieter Appelt ― inexplicablement tombé dans l’oubli, sans doute l’un des plus grands photographes de tous les temps ―, John Baldessari ― avec Robert Heinecken ce sont eux deux qui ont inventé la retouche numérique, les développeurs d’Adobe©TM® n’ont fait que rendre possible tout ce que ces deux-là ont inventé en argentique ―, les époux Becher ― ce sont eux les vrais patrons, les vrais dominateurs de la photographie ―, Cluck Close, Robert Cumming, qui me fait rire avec ses démonstrations pseudo scientifiques, Alain Fleischer que je vais aussi mettre dans mes écrivains préférés, mais je préfère ses photographies à ses récits, mon droit le plus strict, Denis Roche ― mêmes remarques que pour Alain Fleischer, et j’aime, par-dessus tout, sa photographie des pyramides de Khéops photographiées telles qu’elles apparaissent sur le verre dépoli d’un 6X6 ―, Gilbert & George ― qui m’amusent encore un peu, surtout leurs sculptures de merde ―, Pascal Kern, dont je connais peu de choses mais ce que j’en connais, je l’aime vraiment beaucoup, Yves Trémorin dont je fais des folies, Agnès Geoffray qui me fascine, Les Krims ― qui est tellement inélégant, tellement américain ―, Sol Lewitt ― qui est tellement intelligent, tellement américain ―, Duane Michals qui est le plus grand magicien de tous les temps immémoriaux, Arnulf Rainer, dont j’aime par-dessus tout l’avoir vu, dans un documentaire, au milieu de son atelier, expliquant qu’il peignait quinze ou vingt tableaux en même temps ― Ich male funfzehn oder zwangzig Bilder zur jeder Zeit ― et, de fait, joignant le geste à la parole, il déambulait dans son atelier et avait des gestes très vifs, là sur un tableau ici sur une photographie, il donnait de grands coups de brosses, Robert Rauschenberg ― j’adore les photographies de Rauschenberg, parfois davantage que ses tableaux ―, celle de Georges Rousse ― et j’aime, par-dessus tout, son installation au musée Réattu en Arles et qui donne aux photographes amateurs la possibilité de faire leur propre Georges Rousse et peu qui doivent y parvenir, chaque année j’échoue lamentablement ―, Karl Blossfedt ― le plus grand photographe de tous les temps avec August Sanders et Eugène Atget ―, Lucas Samaras, Cindy Sherman ― que j’aime, entre toutes, avec Diane Arbus qui est mon absolue préférée, avec Lisette Model ―, Keichi Tahara qui me bouleverse, Patrick Tosani ― je pense que La Pluie est la plus belle photographie de studio de tous les temps ―, Boyd Webb qui m’a toujours fasciné, de même William Wegman, avant ses photographies de klebs ― je n’aime pas beaucoup les klebs et je n’aime pas beaucoup les klebs de William Wegman ―, notamment celle de la chute du verre de lait qui ne casse pas, et aussi Joel-Peter Witkin dont je fais toujours grand cas, pas sans difficultés au regard de ce qui est représenté ― des morts ―, mais aussi Gary Winogrand, pourtant pas une lumière, et Lee Friedlander, pourtant trop cérébral, tous les deux amis, j’aime le foutoir dans mon atelier mais je ne supporte pas le désordre ― je n’aime pas les enfants, j’en tolère certains, parmi lesquels les miens, je déteste le cinéma de Rohmer, le musée d’Orsay, les toiles de Soulages, les chats et les chiens, Londres, les prochains livres d’Éric Chevillard, les photographies de William Klein et de Cartier- Bresson, et donc, le désordre, j’adore, comme rien d’autre au monde, écouter une vieille galette de Duke Ellington, tant qu’il y aura des enregistrements de Duke Ellington encore inconnus de moi il me restera au moins une raison de vivre, et puisque je suis devant ma pile de disques parfaitement rangés par ordre alphabétique, le jazz, singulièrement le free jazz ça s’écoute dans le calme, l’ordre et la volupté et donc, ça se range, j’aime les disques de John Abercrombie ― auquel je dois mon goût à la fois pour le jazz et la musique finalement, c’est curieusement de lui que tout est parti, mais c’est une autre histoire et elle est longue et ennuyeuse (comme toutes mes explications, mes enfants disent qu’avec moi la vraie punition c’est la longueur de l’explication) ―, les disques de Julian Cannonball Adderley, de Sophie Agnel, de l’Art Ensemble of Chicago ― le plus merveilleux concert que je n’ai jamais écouté c’était celui de l’Art Ensemble Of Chicago en février 1997 à la Courneuve, tout le reste c’est du bavardage, j’adore, mais alors c’est vraiment adorer, je devrais écrire vénérer, je vénère Albert Ayler, Albert Ayler peut me faire pleurer, il y a certains disques de Count Basie que j’aime vraiment beaucoup, comme Kansas City Suite, ré ré# mi ..., j’ai toujours eu un faible pour Art Blakey, j’aime, énormément, la musique d’Anouar Brahem, quand bien même je dois subir les quolibets de mon ami Dominique et de mon amie Sarah M., pas hyper fans de l’oud tout doux, à ce sujet ― Dominique et Sarah M. feraient bien d’écouter le dernier disque d’Anouar Brahem, Blue Maqqams avec Jack DeJoh- nette à la batterie, qui joue sur ce disque, comme il ne jouait plus depuis des lustres, et Jack DeJohnette, François Merville et Roger Turner sont les deux batteurs les plus extraordinaires de tous les temps ―, je ne suis pas dingue de Monsieur et Madame Bley, mais j’aime beaucoup les disques de Paul Bley avec John Surman et je dois reconnaître que 4X4 de Carla Bley, ça tient quand même un peu la route, Ornette Coleman est mon musicien préféré et Coltrane aussi, mais ça je crois que je l’ai déjà dit et qu’on le sait et que c’est pour tout le monde pareil, Coltrane est sans doute le musicien dont j’ai le plus de disques ― une petite cinquantaine, tous fameux, tous mes préférés, mais surtout Kulu Se Mama et celui avec Monk ―, je suis dingue de Pascal Comelade, pour moi Pascal Comelade c’est le génie absolu de la musique, ben Miles, oui Miles, forcément Miles, voilà qui ne souffre pas vraiment de discussion non ? j’aime beaucoup, mais vraiment beaucoup, les disques ré- cents de Jacques Di Donato et je m’enorgueillis ― est-ce que c’est ici que je dois préciser que j’ai une certaine prédilection pour le verbe s’enorgueillir ? ― d’avoir projeté des images à un de ses concerts avec Brâhma ― c’était l’un des moments les plus fameux de mon existence et personne ne s’en est rendu compte, c’est drôle des fois la vie ―, Eric Dolphy c’est mon petit préféré, je voudrais que l’on ait donné son diabète à quelqu’un d’autre, à Édouard Philippe par exemple, j’adore le jeu expérimenFtal du trompettiste Axel Dörner même si un jour quand j’ai essayé de lui parler dans un Allemand un peu rouillé et rudimentaire, certes, au Tracé provisoire et qu’il a été méprisant alors que j’étais en train de lui acheter des disques, Ellington, ben Ellington c’est l’évidence parmi les évidences, et Bill Evans, chaque note jouée par Bill Evans devrait appartenir au patrimoine mondial de l’humanité et je veux bien m’occuper toutes les nuits des sauvegardes ― je dis ça parce que mon métier c’est ingénieur informatique ―, je suis un inconditionnel de Fred Frith, la musique de Fred Frith c’était déjà ce que je préférais dans tout l’univers et puis j’ai vu Step Across The Border de Nicolas Humbert et de Werner Penzel et ça a été pire après, la sonorité de Dexter Gordon au ténor, il faudrait pouvoir la fabriquer en série et il n’y aurait plus de guerres dans le monde, mais c’est techniquement impossible, pas en série en tout cas, alors il y a des guerres dans le monde, et ce que fait mon copain Jean-Luc Guionnet avec un saxophone dans le bec ou perché dans les orgues d’une église ne porte pas de nom, même en allemand qui est pourtant une langue extrêmement efficace pour mettre un nom sur des sentiments improbables, pendant longtemps mon contrebassiste préféré c’était Charlie Haden, mais ça c’était avant, c’était avant de réécouter certains disques de l’Art Ensemble of Chicago et avant d’entendre ma copine Sarah M. chanter l’Anarchie au Royaume-Uni, et évidemment que tout ça cela ne se discute pas, et que le patron c’est Pierre, et qu’à la contrebasse le patron c’est Mingus, mais je ne vois vraiment pas pourquoi il faut toujours discuter et rediscuter sans cesse de ces choses qui justement ne se discutent pas, pendant longtemps Maiden Voyage de Herbie Hancock a été un de mes disques préférés et The Camel de Hampton Hawes, peut me faire pleurer, parce que c’était un des disques préférés de mon papa, j’ai dit que Jarrett j’arrête, mais, une fois de temps, You Dont’ Know What Love Is ou Autumn Leaves, au Blue Note avec Gary Peacock et Jack DeJohnette, ça fait du bien par où ça passe, Roland Kirk est un musicien qui pourrait me faire pleurer ― c’est pas hyper difficile de me faire pleurer à vrai dire, je suis un type assez sensible, à la beauté notamment, en dépit de mes apparences de type mélancolique et romantique jusqu’à la moelle ―, dans Garth Knox, je me demande si ce que je préfère ce ne sont pas les percussions de Sylvain Lemêtre, John Lewis est le plus grand pianiste de tous les temps, le seul qui puisse rivaliser avec Glenn Gould dans les variations Goldberg, parce que John Lewis a retiré patiemment toutes les notes qui sont en trop au point que s’il en retirait une de plus le monde s’écroulerait ― et que si tous les musiciens de jazz en faisaient autant ― retirer les notes qui sont en trop ―, il n’y aurait plus de terrorisme islamiste dans le monde, et on ne peut pas raisonnablement demander aux musiciens et musiciennes de jazz de mettre moins de notes, et c’est très injuste de faire porter aux musiciennes et aux musiciens de jazz la responsabilité du terrorisme islamiste, en fait je crois qu’ils n’y peuvent rien il ne faut pas prendre tout ce que j’écris au pied de la lettre, Dave Holland, il pourrait faire partie de mes contrebassistes préférés mais la place est déjà prise ― et il y a déjà des remplaçants en cas de désistements ―, il est donc inutile d’insister, le piano de McCoy Tyner a été inventé pour faire décoller Coltrane et je l’ai déjà écrit, Coltrane est mon musicien préféré de tous les temps, surtout quand il joue avec McCoy Tyner, surtout au début de la période Impulse!, Shelly Manne est le musicien qui a joué la plus belle interprétation de Summertime ― avec celle, déconstruite, de Duke Ellington, en 1964, en trio sur l’album Piano in the Foreground ―, Brad Mehldau, je peux en écouter au petit-déjeuner tellement j’aime ça, Mingus est le patron je le répète pour celles et ceux qui entendent mal ou qui font semblant de ne pas bien comprendre, le Modern Jazz Quartet c’est ce que je voudrais écouter à ma crémation, j’ai failli oublié Gerry Mulligan qui pourtant est mon saxophoniste baryton préféré et le saxophone baryton est mon instrument préféré avec la contrebasse et le piano et, aussi, un peu, le saxophone ténor, et Monk m’a sauvé la vie la nuit dernière, pour toute la vie, Seijiro Muyama, je ne sais pas si je devrais le mentionner parmi les musiciens que je préfère de tout l’univers parce que je crois qu’il vient de plus loin que cela encore, la patronne c’est Sarah M., et je ne sais pas si je peux le dire comme ça mais en concert Sarah elle claque la chatte ― surtout quand elle chante l’Anarchie au Royaume-Uni, qui est une très belle chanson, en étant (un peu)(très) enrouée, j’avais pourtant promis de ne pas faire de private jokes, je suis indécrottable ―, je suis passionné par la musique de Toshimaru Nakamura, découvert grâce à Jean-Luc, et comme ça Sarah M. dans ma discothèque elle est bien encadrée par deux Japonais qui viennent de loin, de très loin, j’adore les arrangements d’Oliver Nelson que je trouve fameux, il n’y a pas grand-chose qui m’atteint comme le saxophone alto de Charlie Parker surtout quand il jouait avec Dizie- qu’il-est-speed et Monk qui m’a sauvé la vie la nuit dernière, je ne sais si j’ai le droit de dire que ce je préfère dans toute la musique jamais gravée, ce sont les trois derniers disques de Dominique Pifarély, surtout le quartet avec François Merveille Merville à la batterie, je ne sais pas si cela compte, parce que Dominique, mais ça devrait, j’ai longtemps adoré la clarinette basse de Michel Portal et le contrebassiste Henri Texier, un peu moins maintenant, mais ça reviendra j’en suis sûr, Sonny Rollins, c’est souvent lui qui me remet droit quand ça gite un peu, une bonne petite claque de Rollins sur l’épaule et ça repart, je fais un peu le moins malin quand j’écoute Sonny Rollins, Louis Sclavis, il a tout dit avec Ceux qui travaillent la nuit ― je sais bien que ce n’est pas exactement cela le titre de ce disque, ce n’est pas la peine d’écrire à mon éditeur-qui-transmettra pour si peu, Louis Sclavis a enregistré ce disque pour moi du temps où je travaillais de nuit, à faire des sauvegardes, et c’est pour cela qu’il s’intitule Ceux qui travaillent la nuit ―, on ne peut pas revenir là-dessus, Archie Shepp c’est mon mauvais saxophoniste préféré, il ne joue pas droit, mais je m’en moque éperdument, j’aime, notamment, sa très grande colère, Cecil Taylor m’a fait pleurer en cassant sa pipe, je l’aimais profondément, j’avais un garagiste incompétent qui écoutait du Cecil Taylor dans son atelier et j’ai continué de lui confier ma voiture, parce que ce sont de tels repères qui m’orientent dans la vie, et Frank Zappa et John Zorn sont mes deux musiciens préférés à la lettre z, et Robert Wyatt à la lettre w ― j’ai failli oublier Robert Wyatt ―, c’est marrant de faire les choses dans l’ordre, ça change un peu non ? et sinon mes plats préférés de tous les temps sont la carbonnade flamande, le bœuf bourguignon, la goulasch, le magret de canard à la sauce aux airelles, la côte de bœuf aux girolles, le steak tartare, le plateau de fruits de mer, la quiche lorraine, les quenelles de volailles, la saucisse de Morteau ou de Montbéliard, le petit salé aux lentilles, le couscous aux brochettes, le porc au caramel avec un œuf dur sur le dessus ― autrement dit à la vietnamienne ―, le waterzoï de poisson, les seiches poivre et sel, les tagines d’agneau aux fruits secs, le poulet Tikka Massala de je ne sais plus quel restaurant indien dans le Nord de la London Road à Portsmouth, avec une pinte de cidre, le rosbif et sa confiture de pommes sur le côté, le poisson blanc de la cantine ― ajoute-je en reprenant mon tapuscrit au restaurant du Comité d’Entreprise de la Très Grande Entreprise dont je suis l’employé du service informatique en tant qu’ingénieur de Maîtrise d’Ouvrage ―, le boudin ciel et terre, le cheddar avec du Branston Pikkle, les Breakfast Burrito de Teresa à Leo’s sur Division à Chicago, mais aussi ses Veggie Bagel avec du bacon grillé sur le dessus qu’elle ne faisait que pour moi et qu’elle appelait des De Jonckheere ― ça figurait même sur la carte ! ― le biscuit & gravy qui déchirait les lèvres tant il était épicé, la soupe de pois cassés au jambon de Teresa, une fois je suis parvenu à en refaire une qui ressemblait un peu à l’originale, j’en aurais pleuré de bonheur, la dinde au cognac ― même sans cognac, pourvu qu’il y ait du lard ―, le rôti de porc aux olives, les brochettes de boulettes japonaises, les hot-dogs que vendait la petite dame sur Wood à Chicago en été, et sa collection de pikkles, les jus de melon que vendaient les vieux Mexicains sur Grant, les truites du lac de Villefort, c’est bien simple avant ma crémation j’aimerais bien en déguster une, une dernière, une dernière fois, avec des pignons de pins et de l’huile d’olive que B. me rapporte des Taillades, de l’escalope de Brno avec sa macédoine de légumes, je pourrais faire l’aller-retour en République Tchèque ― à pied bien sûr ― rien que pour ça ou pour une goulasch avec des galettes de pommes de terre de La Taverne du Sergent Svejk à Brno, ou une saucisse fumée et sa sauce au raifort dans la petite cantine en face de la gare de Brno, les Buckwheat pancakes au sirop d’érable avec des saucisses sur le côté et qui trempent un peu dans la sucrerie avec des œufs brouillés, je pourrais faire l’aller-retour pour New York ― à la nage bien sûr ― pour en déguster, des anguilles grillées et des nouilles avec Sarah M. chez Ippudo, mais je pense que j’en ai déjà parlé, mais faut dire aussi, c’est juste d’un autre monde, comme finalement tout ce qui vient du Japon, à la fois la cuisine et la musique improvisée, les galettes coréennes d’Isa, que je sais un peu faire moi-même, mais pas encore très bien, les tendrons de veau d’Isa itou, le tournedos à la sauce au Roquefort que je faisais autrefois pour les enfants et ils adoraient cela, les saucisses au curry de Berlin, le pâté en tube au petit déjeuner en Allemagne, le lard cru en très fines tranches en Alsace, les lasagnes à la bolognaise et les linguines à l’encre de seiche avec une sauce bolognaise et puisqu’on va par-là la fidéua et la paëlla, les seiches a la plancha, les croquettes, les œufs au plat à Madrid, la mortadelle à Rome, les fricadelles deul’barraque-à-frites-sul'-grin-place à Bailleul et, encore heureux, je suis végétarien sinon j’imagine que la liste de mes plats préférés serait interminable, et j’imagine qu’après les disques et les livres de recettes il faudrait que je monte dans ma chambre et me tienne pareillement devant ma bibliothèque sauf qu’à la différence de mes disques, parfaitement rangés par ordre alphabétique, mes livres ne sont pas rangés du tout, ils sont, assez littéralement j’en ai peur, dans le désordre ― le free jazz ça se conserve mieux dans l’ordre, la littérature, c’est le bordel ―, alors mes auteurs et auteures préférées sont Richard Brautigan, Witold Gombrowicz, Alfred Döblin, Georges Bataille qui est l’auteur préféré de mon ami Julien et les auteurs préférés de mes amis sont mes auteurs préférés, Christian Gailly, surtout Nuage rouge qui est vraiment au-dessus des autres, Guillaume Apollinaire, Lydie Salvayre, Maurice Blanchot, Georges Perec, Issa, Sosêki Et Ryôkan Samuel Beckett, mais je crois que je l’ai déjà dit, Alberto Manguele, Jean Genet, Julio Cortazar, Georges Didi-Huberman, Jean Rolin, André Hardellet, Malcom Lowry, Alain Fleischer, dont je préfère, cependant, les photographies, Thomas Bernhard, mais j’ai déjà dû en parler, Jean-Philippe Toussaint aussi, Albert Camus, Fédor Dostoïevski, Alexandre Soljenitsyne, Claude-Louis Combet, Marcel Proust qui est quand même, un peu, mon préféré, mais c’est souvent Proust le chouchou de toutes et tous, Peter Handke qui est aussi mon préféré, Michel Foucault, Alain Borer, Pierre Bettencourt, Hélène Cixous, W.G. Sebald que j’ai découvert à cause de la photographie d’un B17G (forteresse volante) sur la couverture de son De la Destruction ― je sais, ce n’est pas sérieux ou comment on découvre un auteur majeur du XXème siècle parce qu’adolescent, on assemblait et montait des maquettes d’avions ―, Henri Michaux qui est mon absolu préféré, surtout dans la catégorie caractère de cochon à l’inépuisable courtoisie, Marguerite Duras, qui a longtemps été ma préférée, Susan Sontag qui a toujours été ma préférée, Alain Sevestre ― qui m’a raconté un jour la plus belle histoire de Perec de tous les temps, ayant emprunté un jour Tentative d’épuisement d’un lieu parisien à la bibliothèque, il avait découvert, unique note dans les marges du livre, à la suite du soulignement de la description d’un simple passant : « c’est moi ! » ―, Charles Baudelaire, forcément, Jean Echenoz qui est parfois mon préféré mais très souvent c’est celui de mes préférés qui me déçoit le plus ― par exemple, je ne comprends pas comment on peut à la fois écrire L’Occupation des sols qui est le plus beau de tous les petits livres et, par exemple, 14, ou Les Éclairs qui sont juste des livres indigents et même coupables ―, Patrick White ― pour son Vivisector ―, Henri Calet, Albert Moravia, Chloé Hopper, Hannah Harendt qui est vraiment ma préférée, notamment pour avoir été la première à capter un truc pour- tant facile à piger ― les Nazis étaient des cons, des cons finis ―, Bernard Wallet qui n’a écrit, à ma connaissance, qu’un seul livre ― Paysages avec palmiers ― mais qui est mon préféré, Maylis de Kerangal, le dictionnaire des synonymes qui est mon livre préféré, René Daumal qui était un très puissant magicien ― et qui, comme tous les très puissants magiciens, devait l’ignorer tout à fait ―, Robert Walser qui est mon absolu préféré, Igmar Bergman qui est un de mes préférés, Kafka qui est, on ne s’en rend pas compte quand on me lit, si j’ose dire, une influence majeure dans les auteurs que je préfère, George Orwell qui est mon auteur préféré de dystopie, la dystopie étant un de mes genres littéraires préférés, Georges Picard qui est mon auteur de titres préférés, en revanche à partir de la vingt-troisième page, je me mets à vraiment détester ça et à le maudire et à jurer que l’on ne m’y prendra plus jusqu’à ce que je tombe sur un autre titre qui me fait oublier que juste après le titre, Picard ça se gâte, c’est plus très frais ― je vous donne, malgré tout, des exemples, mais ne vous faites pas avoir comme moi : Le Vagabond approximatif, Tout m’énerve, Le Génie à l’usage de ceux qui n’en ont pas, De la connerie, Du Malheur de trop penser à soi ―, Éric Chevillard qui était mon préféré parmi les préférés mais dont je ne veux même plus savoir qu’il a écrit quoi que ce soit depuis qu’il fait du marketing littéraire, Louis-Ferdinand Céline auquel je suis capable de pardonner nettement plus que d’avoir eu un début de carrière dans le marketing littéraire, comme quoi je suis nettement plus tolérant qu’on ne croit, Edmond Jabès, que je préfère par-dessus tout, Erri de Luca que j’ai mis très longtemps à préférer à tant et tant d’autres auteurs, mais je crois que j’en ai déjà parlé, Charles Mingus, mais on ne peut pas dire que le patron ce soit Mingus, enfin, je me comprends, Adrien Genoudet, qui est mon jeune auteur préféré et que ma fille Zoé appelle Monsieur Genoudet, Viktor Klemperer qui est, sans doute le plus intelligent et le plus courageux de mes auteurs préférés, Romain Gary qui a sans doute été mon premier préféré avec Malcom Lowry, Guy Debord dont mon ami Nicolas ― le programmateur de L’Univers, qu’on y pense, maître du monde à côté ce n’est pas grand-chose ― dit souvent que je suis son dernier disciple, Alain Spiess, que personne ne connaît ni n’a lu et que je préfère à tant d’autres que tout le monde connait et a lu, Gustave Flaubert qui est quand même le plus fort de mes auteurs préférés, Hélène Gaudy qui est la plus gentille de tous et toutes mes préférées, et qui écrit comme personne, Jean-Christophe Bailly qui est sans doute celui de mes préférés que je cite le plus, notamment à propos de photographie et notamment à propos de cet étroit pays dans lequel nous vivons ― voir Le Dépaysement ―, Emmanuel Adely qui est mon préféré dans mes amis auteurs, Pierre Michon, qui, soit dit en passant, est le patron, Joachim Séné qui est mon auteur d’open space préféré, Raymond Cousse, Philippe Rahmy qui était le type le plus drôle que le terre n’ait jamais porté et qui écrivait comme personne, Sébastien Rongier et Sereine Berlottier qui sont toutes les deux des auteurs immenses et que j’aime profondément, Félix Fénéon qui est le plus grand auteur de haïkus de tous les temps, Joe Brainard, sans lequel je me demande si la littérature existerait vrai- ment, Robert Pirsig qui m’a tout appris en matière de réparations et de philosophie, Hermann Hesse qui m’a sauvé la vie hier soir, Martin Winkler qui m’a tenu la main pendant qu’un chirurgien s’occupait de mon testicule gauche affecté d’une hydrocèle ― les dictionnaires ne sont pas le remède des klebs ― et pas n’importe quel auteur pouvait faire ce qu’il a fait là, Emmanuel Venet qui est le seul à connaître la réponse à la question « À quoi tu penses ? », Christian Oster ― dont j’aime la ratiocination, on peut même dire qu’il a la ratiocination élégante le bougre ! ―, Berthold Brecht qui fait partie de deux ou trois auteurs allemands que j’ai lus en allemand ― quand je savais encore, il y a très long- temps ―, Douglas Copland, auquel je dois l’expression veal fattening pen pour parler des open spaces ― je lui dois donc tout ―, Raul Hilberg qui a pris un temps infini à m’expliquer la destruction des Juifs d’Europe ― et pas sûr qu’on puisse comprendre une chose pareille, mais en tout cas c’était très bien expliqué ―, Bernard Noël qui a écrit un des plus beaux livres qui soient avec La Castration mentale, Gogol ― qui a longtemps été un de mes premiers préférés avec Romain Gary et Malcom Lowry ―, Robert Anthelme auquel je pense chaque fois que je déguste une truite en priant pour que cela ne soit pas la dernière ― je me comprends ―, William Faulkner dont je n’ai lu que As I Lay Dying ― autant dire que je ne sais pas du tout de quoi je parle ―, mais Faulkner c’est l’auteur préféré de mon amie Sarah M. et les auteurs préférés de mes amies Sarah, sont mes auteurs préférés, Olivia Rosenthal, Lucien Suel qui est mon auteur ch’timi préféré, Louis-René des Forêts qui est mon absolu préféré et mon voisin de rayonnages dans la bibliothèque d’une amie ― ce qui est un peu une autre manière de dire que le Roi n’est pas mon cousin ―, Clément Rosset auquel je dois tout, Philippe Artières, Eduardo Mendoza qui est l’auteur le plus drôle de tous les temps, mon préféré, Mario Rigorni-Stern qui est mon auteur préféré, Anne Dillard qui est une de mes auteures préférées, Primo Levi, je n’ai pas besoin d’écrire pourquoi, c’est comme ça, Dominique Meens qui est le plus ornithologue des poètes, et le plus fou aussi, Alain Robbe-Grillet, qui n’est peut-être pas mon préféré dans le Nouveau Roman qui est mon moment préféré de toute l’histoire de la littérature, Frédéric Pajak, sans lui je ne suis pas sûr que j’aurais compris grand-chose à Nietzsche ou à Walter Benjamin, c’est quand même important, Benoît Jacques qui est mon dessinateur préféré de tous les temps avec Sempé, Richard McGuire qui est mon auteur de bandes dessinées préféré avec Chris Ware, Daniel Clowes, Charles Burns, Blutch, Ben Katchor, L.L. de Mars et Art Spiegelman, Mikhaïl Boulgakov ― attention on est sorti de la catégorie bandes dessinées, n’allez pas vous imaginer Le Maître et Marguerite en bandes dessinées, et un seul dessinateur pourrait relever un tel défi, L.L. de Mars, himself ―, Robert Pinget qui est le plus grand auteur de tous les temps ― on s’en rendra peut-être compte un jour pendant qu’il sera trop tard ―, Stefan Sweig, Bernard-Marie Koltès, Julien Gracq, Sophie Calle ― quand je vous dis qu’il n’y a pas d’ordre dans ma bibliothèque ―, Ray Bradbury, Maurice Pons qui a écrit le plus grand livre de tous les temps avec Les Saisons, le Comité Invisible qui ont écrit le plus grand livre de tous les temps avec L’Insurrection qui vient, sinon, parce que j’y repense là, tout de suite, je crois que mon plat préféré ce sont les filets de cabillaud au curry lait de coco, André Markowicz, Jacques Drillon, Arno Schmidt, qui est mon auteur préféré dans les auteurs que je n’ai pas lus, pas encore, Tony Duvert, Roger Laporte qui est mon critique littéraire préféré après Maurice Blanchot, John Fante, qui, de tout temps, a été mon meilleur ami, dont je ne suis pas certain que nous ayons été contemporains, vous voyez la limonade, Michel Quint qui est mon autre auteur ch’timi préféré, Patrick Bouvet qui est mon auteur de sample et de cut-up préféré avec William Bouroughs, Gao Xingjian, Jacques Roubaud qui est mon poète préféré, après Arthur, Claude Simon qui est mon auteur préféré dont il me reste le plus à découvrir, Pierre Desproges, Jacques Jouet, Julio Cortazar, Régis Jauffret, celui d’il y a une dizaine d’années, moins celui d’aujourd’hui, Roland Dubillard, Charles Reznikoff qui est mon poète américain préféré avec Allen Ginsberg, George Painter qui est mon biographe de Proust préféré, Georges Didi-Huberman que j’ai peut-être déjà mentionné, mais ce n’est pas grave, je l’aime vraiment beaucoup, Sigmund Freud ― avant que vous n’objectiez quoi que ce soit, Malaise dans la civilisation c’est quand même un sacré morceau, d’abord vous le relisez et ensuite on en reparle ―, Louis Calaferte, Oliver Cadiot qui est quand même le spécialiste absolu de la littérature récente, Valérie Cibot, Laurent Cauwet qui est mon patron, il ne serait pas ravi, et un peu surpris, de l’apprendre, François Matton qui est le seul graphiste qui puisse un peu rivaliser avec L.L. de Mars qui lui, est le seul graphiste qui puisse rivaliser avec Albrecht Dürer ― d’ailleurs je crois qu’ils sont très proches ―, Mona Chollet qui est la plus grande essayiste contemporaine de tous les temps ― on a aucune chance de survivre tant qu’on n’a pas lu La Tyrannie de la réalité ―, Raymond Carver qui écrit mieux en français qu’en anglais, mais traduit donc, c’est sublime, en anglais c’est presque médiocre, Paul Celan ― dont je rêve de lire de la poésie avec J., un de mes personnages (voir Le Rapport sexuel existe) ―, et donc, pour terminer avec lui, Jack Kerouac ― qui aura eu une influence aussi considé- rable qu’invisible sur ma vie, le côté un peu exalté tout de même, mélancolique optimiste ― et je ne vais pas non plus vous dire tout ce qu’il y a dans ma bibliothèque, je ne vous parle que de mes préfé- rés et dans ma bibliothèque il y a aussi des livres que je déteste, comme le Jan Karski de Yannick Haenel, que je déteste avec une force particulière, ex aequo avec Les Bienveillantes de Jonathan Littell, je déteste les enfants ― parfois même mes propres enfants et ceux des autres ―, le cinéma d’Éric Rohmer, le musée d’Orsay, Pierre Soulage, les chats et les chiens, Londres, les futurs livres d’Éric Chevillard, les photographies de William Klein et de Cartier-Bresson, le désordre, Edouard Philippe ― qui est, je crois, la personne que je déteste le plus au monde ―, et donc Yannick Haenel et Jonathan Littell qui sont des absolus petits joueurs, et sinon, il y a tant de marches et de promenades que j’adore faire, comme de monter à la Garde de Dieu dans les Cévennes ou sur le pic Cassini ou sur le Bousquillou, ou même encore simplement faire le tour du lac de Villefort qui est une très belle promenade, j’ai aimé, par-dessus tout, marcher dans les volcans en Auvergne, surtout dans la neige, monter sur le Puy de Pariou, sur le petit et le grand Suchet, le Puy de Côme ― il paraît que c’est interdit, il paraît ―, le Puy des Goules ou encore le Puy de Jumes qui est peut-être mon préféré, surtout quand il est enneigé, j’aime la promenade de Lardières que je n’avais plus faite depuis des lustres et que je suis allé refaire il y a un an ou deux avec les enfants, Hanno, Françoise et leurs enfants, j’aime faire le petit tour d’Autun en passant par le Temple de Janus et j’aime toutes ces petites marches dans les forêts morvandelles, même sans chercher de chanterelles, les girolles, qui sont, un peu, mes champignons préférés avec les amanites des César, les oronges, que j’ai ramassées une fois sur la piste au-dessus de chez Lola Au Plan de la Tour ― et j’aime particulièrement cette petite marche sur cette piste depuis laquelle, un jour, au début de l’année 2018, nous avons vu la Corse au loin ―, j’aime les grandes allées de la forêt de Senonches où j’ai également cherché, et trouvé, de très nombreux cèpes de Bordeaux, qui sont un peu la Rolls-Royce des champignons, mais qui ne sont pas mes préférés, j’aime les petites marches parmi les monts des Flandres qui culminent aux alentours d’une cinquantaine de mètres d’altitude, mais alors quelle vue sur le plat pays depuis le Mont-Noir, le Ravelsberg ou encore le Mont des Cats ! j’ai adoré toutes les marches que j’ai faites, notamment avec Émile sur le dos, quand il était encore petit, autour du village de Termes dans les Corbières qui sont parmi les plus belles marches que j’ai faites de toute ma vie, j’ai même vu un aigle une fois lors d’une de ces marches dans les Corbières, j’ai adoré marcher de très nombreuses fois dans New Forest entre Porstmouth et Southampton ou légèrement plus au Nord du côté de Rowlands Castle, j’y ai même trouvé de nombreuses fois des pieds-de-mouton ― dont il faut exprimer trois fois le jus de cuisson pour évacuer l’amertume de ce champignon, qui, une fois qu’il en est débarrassé, est absolument délicieux ―, et j’aime par-dessus tout le petit tour que nous faisons souvent avec Émile dans le haut de Fontenay et, depuis le petit parc de la Matène, jouir de cette vue admirable sur tout le Val-de-Marne jusqu’à voir les avions se poser à Orly ― comme dans la Jetée, tu vois ? ―, mais à vrai dire, il faudrait aussi que je précise, pas seulement pour les promenades, que le temps que je préfère c’est quand il fait beau, mais que j’aime aussi quand il pleut, que j’aime passionnément les orages, surtout dans les Cévennes, et même que dans les Cévennes on appelle cela des épisodes cévenols et même qu’ils sont fabriqués dans la vallée de la Cèze quand les courants d’air chaud remontant du Sud viennent buter sur la barre froide du Mont-Lozère, et que de la fenêtre de ma chambre, je suis aux premières loges de ce spectacle sans pareil, j’aime quand il neige, mais j’aime surtout le blizzard quand tout d’un coup il couvre Chicago, j’aime la pluie d’été, j’aime le brouillard, je deviens fou et instable en présence d’un arc-en-ciel, j’aime les aubes plus que les crépuscules et la plus belle des lumières du matin c’est celle qui est représentée sur le grand tableau de mon amie Valérie Prats qui est accroché en face de mon lit et avec la vision duquel je commence toutes mes journées, j’aime, tant, les images accélérées de formation des nuages, les time lapses, même si c’est vrai que c’est devenu la tarte à la crème de tous les films, notamment les films de genre, et donc il faut imaginer que toutes mes promenades et marches préférées j’aime les faire avec TOUTES ces différentes conditions climatiques et donc lumineuses et ma lumière préférée c’est celle de fin d’après-midi aux États-Unis dans les années septante ― comme dans Zabriskie Point, tu vois ? ―, j’aime tellement faire l’école buissonnière à mon travail et d’aller prendre un café au BDP et d’y croiser des amis et des connaissances et échanger avec elles et eux à propos de sujets qui sont tellement plus intéressants que ceux dont il faut que je m’occupe en open space, j’aime aller voir de vieux films au Keaton ou à L’Univers, je suis parfois déçu, comme avec Bring Me The Head of Alfredo Garcia de Sam Peckinpah, ou, au contraire, tellement heureux en sortant de voir La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan qui me laisserait presque hébété et pas seulement à cause de Bernadette Laffont, bien qu’elle joue un rôle dans le film et dans mon hébétude, une des choses que je préfère au monde c’est de me réveiller avec les idées claires un dimanche matin, de faire couler un jus, de mettre un disque de free jazz ― et peut-être que mon disque de free jazz préféré de tous les temps ce sont les Hilversum Sessions d’Albert Ayler avec Gary Peacock à la contrebasse, qui n’est peut-être pas mon contrebassiste préféré, mais quand même, Don Cherry à la trompette, et Don Cherry est mon joueur de trompette de poche préféré, et Sunny Murray derrière les futs ― et de me coller au travail, là même où j’ai arrêté la veille au soir, épuisé, n’en pouvant plus et j’ai drôlement bien fait d’arrêter, parce que là, le dimanche matin, ça va tout seul et ça avance drôlement, mes jeux préférés sont les échecs, le go, le Mah Jong ― le plus beau souvenir de toute ma vie, ce sont les partie de Mah Jong à Loos chez Mon Oncle Michel, le di- manche après-midi, avant de rentrer en région parisienne en fin de week-end ―, le tarot, le billard ― la boule neuf surtout, mais je peux faire très mal à la boule huit aussi, au français en revanche, je suis un joueur très médiocre, je ne joue pas assez avec les effets ― et le rugby et je suis très fort en ping- pong, au ping-pong j’ai des réflexes de tigre, la plus belle vidéo pornographique que j’ai vue c’est celle qu’une jeune femme a tournée avec la webcam de son ordinateur de genou dans une bibliothèque où elle s’arrange pour montrer ses seins en direct à son petit ami et elle se retourne sans cesse pour voir si des fois personne ne serait pas en train de la voir ― je n’arrive pas tout à fait à savoir si c’est la bibliothèque ou les seins de cette jeune femme qui ―, mes hobbies préférés sont le golf, la masturbation et étrangler des animaux, j’aime par-dessus tout la cinglance des analyses psychologiques de ma grande Julia et le rire de sa petite Sara quand j’imite les grognements du sanglier cévenol, j’aimais, tellement, quand les enfants étaient petits, et qu’ils me rendaient chèvre avec quelque caprice ou crise de nerf et, l’instant d’après, il ou elles pouvaient dire des choses qui me faisaient fondre, littéralement, si on pouvait mettre une telle faculté en bouteille on serait riche, j’aime prendre mon café sur des terrasses ensoleillées au début du printemps et sentir dans mon dos la chaleur d’un soleil encore timide ― c’est B. qui m’a ouvert à ce plaisir insigne de l’existence et chaque année j’attends avec impatience le retour du printemps, dès le début de l’été pour ressentir à nouveau ce petit plaisir, qui fonctionne un peu en octobre, mais pas aussi bien ―, je me demande si ce n’est pas ce que je préfère de toute la vie, j’aime le café, je me demande si ce n’est pas ma drogue de prédilection après la morphine et il y a tant et tant de cafés où j’aime m’empoisonner ainsi, le Café Titon, le petit café avec sa petite dame rue Léon Frot avant de monter chez mon psychanalyste ― ce que j’aime par-dessus tout dans la vie c’est quand à force d’autodérision je parviens à faire sourire mon psychanalyste ou, mieux encore, provoquer son incrédulité, « vous n’êtes pas sérieux ? », l’entendre me dire « vous n’êtes pas sérieux ? » c’est ce que je préfère de toute l’expérience humaine et donc dans toute la psychanalyse, qui fait quand même partie aussi de mes jeux préférés avec le Mah Jong, la psychanalyse donc ―, le BDP, à Montreuil, le Modern Hotel rue du Chemin vert où j’ai pris tant et tant de cafés pendant les séances de psychologue de Nathan et depuis la terrasse duquel j’ai dû lire la moitié des livres que j’ai lus à l’époque ― en fait j’ai lu la moitié de mes livres ces quinze dernières années dans les salles d’attente des différents psychologues et orthophonistes de mes enfants ―, j’ai longtemps aimé donner rendez- vous à La Tartine avant que cela ne devienne hors de prix, comme à peu près tout dans le quartier, et plus du tout comme c’était avant ― en fait je pense que j’ai perdu tout intérêt dans ce bistrot typiquement parisien le jour où les prix des vins n’étaient plus indiqués en francs ―, j’aime par-dessus tout prendre un café, surtout avec Sarah C., à L’Industrie ― mais aussi avec Mathieu ou Adrien, ou les deux en même temps ―, et si on va par-là, les bars de Chicago où j’aimais tant aller, notamment pour y jouer au billard, sont le Gold Star, le Czar bar, le Rainbo et Phillies qui se trouvent sur la même ligne droite (Division entre Wood et Damen), longue d’une centaine de mètres ― si je devais faire la cartographie de mes deux dernières années à Chicago, il est étonnant de voir à quel point je sortais peu d’East Village ―, à Portsmouth j’aimais mon local, comme disent les Anglais, la Fountain ― pour son papier peint, sa moquette et ses rideaux, tous les trois du même motif décoratif, des paons, des aras et des oiseaux des îles sur fond noir ―, et j’aimais pouvoir dire, I’m going to muck about at the Fountain, seule contrepèterie que je connaisse en anglais, j’aimais le Dolphin aussi, mais surtout les Grave Diggers en face du cimetière et The Lord Palmerston pour y regarder les matchs de rugby, et dans un genre tout à fait différent ― and now for something completely different, a man with three buttocks ― au début des années 2000 ― et dire que l’an 2000, c’est déjà du passé ! ― j’ai aimé, par-dessus tout, surfer sur Internet et j’y ai découvert des merveilles qui n’existent plus toutes, je crois que ce que je préférais, par-dessus tout, dans tout Internet, c’étaient les parties de Crabbles qui est un jeu qui ressemble un peu au Scrabble®TM© mais dans lequel il faut écrire des mots qui n’existent pas, mais qui restent prononçables, et pour lesquels il fallait chaque semaine, aux joueurs et joueuses, donner des définitions et toutes les semaines c’était avec une contrainte oulipienne différente qu’il fallait écrire ces définitions, les résultats des recherches de la semaine tout juste écoulée étaient publiés le dimanche à midi, les dimanches midi, à 11H59, on ne me tenait plus, et il y avait tant et tant de doux dingues qui jouaient au Crabbles et alors Internet n’était peuplé que de poètes, et le plus grand d’entre eux était L.L. de Mars et son Terrier ― auquel je dois à peu près la moitié des découvertes que j’ai faites les vingt dernières années en matière de cinéma, de littérature, de peinture, d’architecture, de musique ― par bonheur il déteste le jazz, dans ce domaine son influence sur moi est nulle, il me reste encore cela de personnalité propre ―, sur le site de remue.net, j’ai découvert tant et tant d’auteurs et d’auteures mais surtout je m’y suis fait des amies et des amis, l’un des plus beaux sites qui soit était celui de Gisèle Didi, mais il y avait aussi ― et je me rends bien compte que je parle d’Internet au passé ―



tels ont toujours été mes sites internet préférés de tous les temps, j’aime par-dessus tout aider des amis à déménager, pas tellement me casser les rotules et le dos dans des escaliers de logements haut perchés ― et sans ascenseur sinon c’est pas drôle, et pas très parisien, et le déménage- ment est raté ―, mais le restaurant le soir quand toutes et tous sont sales comme des peignes, au restaurant donc, j’aime, je crois que c’est ce que je préfère dans toute l’existence, l’annulation d’une réunion à mon travail ― ou une fausse réunion que j’ai notée dans mon agenda électronique et qui, en fait, se passe quelque part sur la place Léon Blum, où j’ai mes habitudes avec une contrebassiste amie ―, j’aime la chaleur de l’amitié au moment où elle se produit, moins quand on s’en souvient, mais c’est agréable quand même, parmi les plus belles choses que j’ai vues, les choses toutes faites en somme, il y a le lever du soleil à la Garde de Dieu, le trait de lumière que le soleil dessine tout en haut du Mont-Lozère tous les matins ensoleillés, le cirque de Navacelles, le Causse Méjean, les gorges de la Jonte, le brouillard à couper au couteau certains matins dans le jardin à Puiseux-en-Bray, les seins de ., ses fesses aussi ― comme choses toutes faites, cela se tient là ―, les rideaux de pluie en été et qui dévalent les pentes de la vallée de la Cèze, les mains de mon amie Valérie quand elle peint, mais aussi ses narines, Valérie a plus jolies narines de la création, j’ai aussi vu, une fois, quelques- unes des dernières étapes d’un tableau de Martin, je me tenais silencieux dans un coin de son atelier feignant de travailler sur mon ordinateur de genou, mais je n’en perdais pas une goutte, la tendresse de Clément tondant son frère Émile, la détresse sur le visage de Sarah quand elle m’attendait à la maison pour m’annoncer qu’Émile avait été agressé et qu’il était aux urgences de Trousseau, il faut aussi savoir regarder dans de telles directions pour voir de la beauté et celle-là était bouleversante, de même la main de Zoé, se posant sur celle d’Émile, un jour que ce dernier pleurait en me parlant d’un mauvais souvenir, oui, cette petite main féminine sur la grosse main d’Émile valait cent Joconde, certains gestes et marques de patience des coéquipiers d’Émile au rugby, chaque fois que je les vois, je suis au bord des larmes, quand Emile a commencé le rugby, il ne savait pas encore se savonner seul, « ne t’inquiète pas », avait dit mon copain Jean, « ses coéquipiers vont s’en occuper » et j’ai vu des mômes de huit ou neuf ans savonner, et rincer Emile et ça rigolait pas mal sous la douche ― tout jeune rugbyman poussin qui savonne son petit coéquipier autiste sous la douche sera, plus tard, un homme prêt à en découdre avec la machine à coudre ―, récemment quand Émile a entamé le débroussaillage du terrain incliné dans les Cévennes et qu’il a agi, pour la première fois, avec méthode et avec des gestes professionnels, j’ai vu que mon fils était, enfin, un jardinier et j’en aurais pleuré, je suis un peu sorti de la catégorie des choses toutes faites, j’y reviendrai peut-être, ou pas, ma vertu préférée c’est le courage, la qualité que je préfère chez un homme, c’est l’intégrité et l’empathie, la qualité que j’adore le plus chez les femmes, c’est le courage ― et la douceur aussi ―, ce que j’apprécie le plus chez mes amis, c’est leur créativité, mon occupation préférée c’est écouter de la musique et boire du café, ou faire l’amour en n’écoutant rien en particulier, si ce n’est l’approche lente du camion de poubelle qui remonte la rue, et de me dire : « merde j’ai oublié de sortir les poubelles hier soir ! », je savais que cela allait resservir, ou écrire en écoutant de la musique, ma couleur préférée est le zinzolin ― mais j’aime bien aussi le rouge d'alizarine, l'améthyste, le rouge d'Andrinople, le noir d'aniline, l'anthracite/, l' azur héraldique, et seulement quand il est héraldique, sinon c'est raté et c’est moche, le rubis balais, le beurre frais, le , le rouge brique, en revanche je déteste le rouge basque, le déteste les enfants ― encore que je tolère les miens et ceux des autres ―, le cinéma d’Éric Rohmer, le musée d’Orsay, la peinture de Soulages, les chats, les chiens, les prochains livres d’Éric Chevillard, les photographies de William Klein et d’Henri Cartier-Bresson, le désordre, Edouard Philippe, je voudrais qu’il crève, Yannick Haenel, Jonathan Littell et le rouge basque, le caca d'oie (qui est vraiment une très jolie couleur), le rouge de cadmium (qui me fait invariablement penser à Mon Oncle Michel que j'aimais tant), le vert céladon, le bleu céruléen, le blanc de céruse, le bleu de charette, le cinabre, le citrin, la coquille d'œuf, le coruscant, la cuisse de nymphe, l'écaille de tortue, l'étain oxydé, le violet d'évêque, le flavescent, la fraise écrasée, le garance et le rose, le gris de maure, le vert de Hooker, l'incarnadin et l'incarnat (qui ne sont pas tout à fait la même couleur), le noir d'ivoire (ce qui, soit dit par parenthèses, en hexadécimal ne donne pas grand chose #000000, ce qui est assez proche du noir tout court #0000000), le bleu Klein, le lapis-lazuli, le malachite (I favor the malachite), le lilas (toutes les semaines), le jaune de Mars, le mastic, le vert mélèze, le jaune mimosa, le moutarde, le nacarat, le nankin, le jaune de Naples, la paille, le vert opaline, l'orpiment, le bleu paon, le passe-velours, le gris de Payne, le vert perroquet, le bleu pétrole, le blanc de plomb, le poil de chameau, le vert poireau, la puce, le pourpre, surtout foncé, le bleu de Prusse, le prasin, la queue de vache, le réglisse, le rubescent, le rubicond et le rubigineux, le safrané, le sang de bœuf (et pourtant je suis végétarien ― un végétarien, qui, s’il mangeait de la viande rouge, l’exigerait bleue), le vert sauge, le terre de Sienne, le sinople, héraldique le sinople, forcément héraldique, le smaragdin, le souris, le tabac, le vert tilleul, le rouge tomette, le topaze, le blanc de Troyes (dont le code hexadécimal est facile à se rappeler "ffdead", je vous donne ma petite astuce personnelle pour vous souvenir de cette information, soit ff pour blanc et dead pour mort, le code hexadecimal du blanc de Troyes c'est un blanc mort), le ventre de biche, le vert Véronèse, mais foncé, clair c'est une horreur, le vert de vessie, le vineux, la violine, le viride ―, le pays où j’aimerais vivre le plus au monde, les Cévennes, l’oiseau que je préfère c’est le chardonneret élégant, mais j’ai aussi une certaine prédilection pour le tapon ("Héron, petit, pas tapon!"), il ne faut pas croire, mes auteurs préférés en prose, je me demande si je n’ai pas déjà répondu à cette question, pour être sûr, je vais redire que Proust, Flaubert, Proust, Bernhard, Handke, Michon et Beckett sont les vrais patrons de notre affaire, mes héros préférés dans la fiction : Premier de classe Miller, dans Tomahawk Trail, Rinty dans Revolt At Fort Laramie, un patient hystérique dans Voice In The Mirror, Jeb Burleigh dans Le Fier Rebelle, Un soldat américain avec une arme automatique dans La Gloire et la peur, Dixey Gates dans Hero's Island, Un homme de main dans La Conquête de l'Ouest, Dixey Gates dans Hero's Island, Eddie dans The Hostage, Edgar Tramp Potter dans Luke la main froide, Lucius Brand dans Les Mystères de l'Ouest, Sergent Dan Way dans La Poursuite des tuniques bleues, Spook dans The Mini-Skirt Mob, Dick dans Shooting ou la mort tragique, Sergent Parker dans Le Jour des Apaches, Wilt Dykstra dans Intruders, Randolf Halverson dans Les Motos de la violence, Willard dans De l'Or pour les braves, Luke Todd dans L'Apache, Jesse Dupre dans Cisco Pike, Luke dans Pat Garret & Billy The Kid, Homer Van Meter dans Dillinger, Songer dans Zandy's Bride, Jack Burke dans Cockfighter, Curt dans Rancho Deluxe, Billy Winston dans Rafferty and the Gold Dust Twins, Lieutenant Billy Rolfe dans Adieu ma jolie, Carter dans 92 In the Shade, Calvin dans Missouri Breaks, surtout lui, Lafkezio dans Renaldo And Clara, Jerry Schue dans Le Récidiviste, Billy Ray dans The Rose, Asa Hawks dans Le Malin, C.W. Douglas, dans Flatbed Annie & Sweetiepie : Lady Truckers, Brett dans Alien, Mike dans The Oldest Living Graduate, Philo Skinner dans The Black Marble, Vincent Fireman dans La Mort en direct, Sergent Jim Ballard dans La Bidasse, Brain dans New York 1997, Moe dans Coup de coeur, Rudolf Junkins dans Christine, Travis dans Paris, Texas, qui est mon personnage préféré de tous les temps (Have you guessed me yet?), Bud dans Repo Man, Mr. Eckert dans L’Aube Rouge, Gideon dans One Magic Christmas, le vieil homme dans Foot For Love, Jack Walsh dans Rose Bonbon, Loomis Gage dans Stars And Bars, Henry Simmons dans Mr North, Saul dans La Denière Tentation du Christ, Ike Baker dans De l'autre côté du rêve, Cleveland dans Twister, Johnnie Faragault dans Sailor & Lula, General Hackworth dans La Quatrième Guerre, Carl Rodd dans Twin Peaks, Redmon Layls dans Man Trouble, Frank Reed dans Hostages, Hal dans La Révolte d'Attica, Smith dans Blue Tiger, Ernie Fontenot dans Playback, lui-même dans Les cent et une nuits de Simon Cinéma, Max Cheski dans Excès de confiance, Howard dans Y at-t-il un commandant pour sauver la NAVY ? Shadrach dans Lonesome dove, Tony dans She's So Lovely, Cotton Harry dans Menace toxique, Le surveillant dans Préjudice, Elton dans Les Puissants, le juge dans Las Vegas Parano, Lyle Straight dans Une Histoire vraie, Toot-Toot dans La Ligne verte, Felix Perlman dans The Man Who Cried, Leo dans Sand, Floyd Cage dans The Pledge, Del Piero dans Ginostra, Henry dans Sonny, un aveugle dans Self Control, lui-même dans Mon Oncle Charlie, Bob Rogers Senior dans La Grande Arnaque, Pa Da dans Chrystal, lui-même dans Bukowski, Skip dans The Wendell Baker Story, Harvey dans Alien Autopsy, Freddie Howard dans Inland Empire, Roman Grant dans Big Love, Cosmo Gadabeeti dans Alpha Dog, Gus dans The Good Life, lui-même dans Mr Warmth, lui-même dans Brando, Amon dans The Open Road, Caterpillar dans Alice, Harry Dean dans Chuck, Robert Plath dans This Must Be The Place, Bathazar dans Rango, l'Homme au chapeau dans 7 Psychopaths, Lucky dans Lucky, et sinon j’aime bien, aussi, le personnage du narrateur dans À la Recheche du temps perdu de Marcel Proust qui est un livre épatant, mes héroïnes préférées dans la fiction, la fille dans le métro dans Erreur de jeunesse, la jeune chanteuse dans Le Temps du bonheur, Alice dans Ainsi soient-elles, Farida dans Tiré à part, Catherine dans Sharpe's Siege, Ana dans Mirada liquida, Minona dans La Musique de l'amour, Marie-Noëlle dans Opération Bugs Bunny, la jeune femme de la ville dans Marie Baie des Anges, Sandra Benzakem dans La Vérité si je mens, Camille dans Pourquoi pas moi ? Anne-Laure dans Le Derrière, Catherine dans Tôt ou tard, Claire dans Quand on sera grand, Morgiana dans Les Mille et une Nuits, Noëlle dans Le Cœur à l'ouvrage, Helena Von Strauss dans Le Crime de l'Orient-Express, Myriem dans Comment j'ai tué mon père, Carmen dans Buñuel et la Table du Roi Salomon, Nadia dans Les Chemins de l'oued, Marianne dans Filles perdues cheveux gras, la fille dans Anatomie de l'enfer, Marie dans Une Autre Homme, Assia Wevill dans Sylvia Zelda, Mitchell dans Rien, voilà l'ordre, Claudia dans Mariées mais pas trop, Rachel dans Les Thibault, Eva dans Peindre ou faire l'amour, Vera dans La Cloche a sonné, Malvina dans L'Accordeur de tremblements de terre, Marie dans Transylvania, Mademoiselle Divine des Airelles dans Une Vieille Maîtresse, Isabella dans Made In Italy, Muriel dans Intrusions, Irène dans Nuit de chien, Antonia dans Les Héritières, la journaliste mondaine dans Le Voyage aux Pyrénées, Nyla Jayde dans Kandisha, Anna Di Baggio dans Gamines, Dolorès dans Coupable, Madame Gomette dans Oscar et la Dame en rose, la cliente des douilles dans Bancs publics, Irène dans Let My People Go! Dora Maar dans La Femme qui pleure au chapeau rouge, Deniz dans Playoff, Marie dans Pas son genre, l'abbesse dans Michael Kohlhass, Anne-Marie Munoz dans Saint-Laurent, Béa- trice dans Versailles, Miriam Kaminski dans Moi et Kaminski, Mrs M. dans La Chambre interdite, Eva Saïd dans Planétarium, Gabrielle Monti dans Tensions sur le Cap corse, Annella dans Call Me By My Name, Dr March dans Altération (m'avez-vous devinée?), et j’aime beaucoup, je rêve même de rencontrer une telle femme, le personnage de la banquière dans La Perte de l’image de Peter Handke, mes compositeurs préférés, sont Jean-Sébastien Bach et ses suiveurs jusqu’à Sarah Murcia, mes peintres préférés, j’ai déjà répondu mais disons que Cy Twombly est mon préféré de tous mes préférés, des grottes de Lascaux à Rémy Hysbergue, mes héros dans la vie réelle sont toutes les personnes qui ont contribué à l’éveil de mon fils Émile, de Madame Sand à Madame Andro, en passant par tous ses enseignants qui ont été bienveillantes à lui, ses psychologues, ses pédopsychiatres, ses orthophonistes et son psychomotricien, tous mes copains du rugby qui l’ont entraîné et l’ont initié aux joies enfantines de notre beau jeu un peu désordre, tous ses copains à lui qui ont su composer avec un coéquipier (un peu) distrait, et toutes et tous qui ont su faire de lui un jardinier joueur d’échecs ― mes joueurs d’échecs préférés sont Karpov, Kortchnoï, Kramnik et Kasparov, pour être un bon joueur d’échecs, il faut avoir un nom qui commence par K. (pour la peinture abstraite ça aide aussi, la preuve Soulages est nul), sinon c’est foutu, Duchamp l’a compris trop tard, c’est ballot, alors qu’en art (sauf abstrait), il était le meilleur joueur du monde, c’est d’autant plus sot ―, mais aussi un certain inspecteur d’académie et son assistante, la juge de la ixième chambre dans Raffut, et, au contraire, toutes celles et ceux qui auront fait leur possible pour lui barrer le chemin de la vie parce que ces personnes avaient de graves problèmes personnels dans leurs petites existences minables, étroites et pleines de trous, toutes ces personnes pour lesquelles ma haine est inextinguible, auront droit à un chapitre à leur nom dans un livre que je suis en train d’écrire et qui s’intitule Les Salauds, ils et elles ne perdent rien pour attendre et seront chaudement habillées pour la nuit de la fin des temps, mes héroïnes dans l’histoire sont Marguerite Duras et Nathalie Sarraute, mes prénoms favoris sont Clément, Julia, Sarah, Émile et Zoé, des noms comme ça, le fait militaire pour lequel j’ai le plus d’admiration c’est la bataille du plateau du Larzac dans les années septante et celle de l’opération César à Notre-Dame-des-Landes, j’aime assez aussi les récits de désertion, sinon j’aime assez bien la victoire de l’équipe de France contre la Nouvelle Zélande en demi-finale de la Coupe de monde de rugby de 1999 ― je pourrais sans doute aussi dresser la liste de tous les joueurs de rugby que je préfère, les uns pour leurs courses folles le long de la ligne, les autres pour leur raffut, les autres pour leur abnégation dans les rucks, certains encore pour leur placement tellement sûr en défense et leur placage tranchant, et, mes préférées, les charnières qui inventent des tactiques et improvisent d’improbables façons de passer la ligne, oui je pourrais faire tout cela, d’autant que j’aime assez bien mâcher des noms comme celui de Jonah Lomu, le Néo-Zélandais, mais j’ai envie de répondre comme Émile avait fait un jour, en répondant à la question de quel était son joueur préféré, il n’avait pas donné le nom de quelque joueur du XV de France ou des All Blacks ― ou de l’ASM ―, mais il avait répondu que son joueur préféré c’était Antonin, le demi-de-mêlée de son équipe de benjamins de Vincennes, et bien pour moi c’est pareil, mon joueur préféré c’est mon copain Léo, Léo il découpe et, il y a très longtemps, mon joueur préféré ce n’était pas nécessairement Jean-Pierre Rives, mais mon copain Pierre ―, la réforme que j’estime le plus c’est celle des congés payés, et toutes celles du Front Populaire, le don de la nature que j’aimerais le plus avoir, l’oreille musicale, à défaut le sens du rythme ― mais force est de constater que je n’ai aucun don pour la musique à laquelle je n’entends, finalement, pas grand-chose ―, comment je préférerais mourir : épuisé et repus ― on y arrive, on s’en approche, je m’en rends bien compte ―, la faute pour laquelle j’ai le plus d’indulgence, toutes celles dont je comprends les raisons souterraines, inconscientes, ma devise préférée est celle de la Syldavie, « Eih bennek, eih blavek », qui signifie Qui s’y frotte s’y pique, non pour ce qu’elle signifie mais parce qu’elle figure au bas de l’addition du restaurant syldave, dans Le Sceptre d’Ottokar, charmante coutume ! et que j’ai appris récemment qu’en fait, c’était du flamand ― une sorte de private joke de Hergé ― et en flamand cela veut dire tout à fait autre chose, j’y suis j’y reste, je crois, et sinon pendant que j’y suis, mon Tintin préféré, c'est le Lotus bleu et mon disque préféré des Beatles c’est le double-blanc ― et mon état d’esprit actuel c’est que je ne vais jamais réussir à faire ce que je veux faire avec My Favorite Favorite Things pour Sarah M. et pourtant j’aimerais tellement la surprendre, en fait je voulais que cela fasse cent pages et cela n’en fera que cinquante, elle va être déçue, pour jouer la montre ― il y a un peu plus, je vous le mets aussi ? ―, j’en ai donc profité pour répondre au questionnaire de Proust, dont je me demande tout de même si ce n’est pas lui l’auteur que je préfère entre toutes et tous, j’aime les discussions avec mes enfants en voiture quand je les emmène chez les différents professionnels de santé chez lesquels ils ont souvent rendez-vous, ou à leurs activités du mercredi ou sur le chemin de l’école quand mes filles sont en retard, j’aime les voyages en voiture, j’aime prendre des autostoppeurs et des co-voitureuses, j’aime le souvenir de mes enfants endormis sous une seule et même grosse couverture à l’arrière en revenant des Cévennes, couverture dont j’ai finalement fait cadeau un soir d’hiver à un vagabond qui a poliment refusé mon invitation à venir dormir à la maison, il faisait un froid de canard, cette couverture sentait un peu le diesel et l’huile de vidange, mais les enfants l’aimaient bien, les filles étaient presque tristes quand elles se sont rendues compte que je l’avais donnée, mais elles étaient aussi contentes que je l’aie donnée, tout en plaignant le vagabond à cause des odeurs de cette couverture, qui sentait, aussi, un peu le vomi ― c’était une bonne couverture ―, j’aime les voyages en voitures avec des amis et écouter leur conversation tout en conduisant, et alors non seulement je me sens investi de leur sécurité, mais aussi d’une manière de sauvegarde de leur échange, j’aime, les soirs de plus grand courage, quand je suis seul à la maison et que je me cuisine une petite soupe avec toutes sortes de légumes, j’aime recevoir les mails, si souvent facétieux, de B. mais aussi ceux tellement désopilants de L.L. de Mars, ceux fort courts de vous-savez-qui ― je ne peux quand même pas l’appeler Machinette, ça ne se fait pas, pourtant ça lui va très bien ―, j’aime quand une journée de travail se finit accidentellement de bonne heure et que je cours à la maison pour vite retrouver ma guitare électrique, exactement comme je faisais quand je rentrais du lycée, j’aime quand j’ai l’occasion de faire l’école buissonnière et aller au café, au BDP, plutôt qu’au travail, j’aime quand mes amis me disent qu’ils sont surpris par les choses que je vois/photographie et les choses que je pense/écris, j’aime, plus que tout, quand mes amis ou des inconnues m’écrivent et me disent avoir lu Une fuite en Egypte, mon premier roman, en une matinée, une après-midi, un soir ou une nuit et je ne saurais pas dire ce que je préfère entre ces trois périodes de la journée, ni celle que je préférerais moi-même pour lire, de fait, je ne suis pas certain d’aimer un moment plus qu’un autre dans une journée, sauf que ce que je préfère ce sont les samedis matin quand j’écoute du free jazz en buvant du café et je voudrais que toute la vie soit comme un samedi matin ou une nuit cévenole en écrivant dans le noir devant la fenêtre ouverte sur le Mont-Lozère, oui c’est un peu tout cela que je préfère dans la vie, avec aussi les dîners dans les Cévennes, en été, dehors, et qu’on n’arrête pas de rire avec les enfants et qu’on finit la bouteille en finissant le pélardon ― mon fromage préféré c’est le pélardon, non, le gouda ancien, non, la mimolette ancienne, non, le reblochon, non, le Saint-Nectaire, non, le pélardon, non, le gaperon, non, le conté, non, le beaufort, non, le roquefort ― avec un verre de Sauternes, c’est un vraiment un don des dieux ―, non, le gorgonzola, non, le camembert de la marque Lanquetot (c’était le préféré de Mon Oncle Michel), non, la brousse corse, non, le munster (avec du cumin), non, le bleu d’Auvergne, non, le cheddar (avec du Branston Pikkle, et un verre de Porto, qui l’eut cru ? les Anglais vraiment ! ), mais je l’ai déjà dit, non, le morbier, non, la tome de brebis basque (avec de la confiture de baies rouges), non, le Saint-Maure, non, le cendré, non, le Pont-l’évêque, non, le Saint-Agur, non, le cantal, non, le Saint-Marcellin, non, le maroilles, non, le vacherin, non, le vieux-Lille, non, le Saint-Paulin quand il est vraiment bon, fermier, sinon ce n’est pas bon, non, le langres, non, le livarot, non, l’époisses, non, le chaource, non, le brie, mais celui que je préfère c’est le pélardon c’est ce que je dis depuis le début ―, j’aime bien le fromage en fait, je crois même que c’est ce que je préfère, et après le fromage, les réalisateurs de cinéma, mes cinéastes préférés sont, et cela ne discute pas, Jean Renoir ― La Grande Illusion c'est le plus beau film de tous les temps ―, Philippe Garrel, Jean-Pierre MelvilleLe Cercle rouge , bien sûr, mais aussi L'Armée des ombres —, Alain Cavalier, Pier Paolo Pasolini, Jacques Rivette, David Lynch, John Cassavettes, qui est le plus grand réalisateur de tous les temps, Murnau, Dreyer, Charles Vanel, Dans la nuit est le plus grand film muet de tous les temps, c'est aussi le dernier, Hong Sang-soo, qui est le plus grand réalisateur des films bavards, lui, Orson Welles, je ne devrais même pas avoir à l'écrire, Andreï Tarkovski est évidemment hors catégories dans mes préférés, Jean-Luc Godard qui a tout inventé, Chris Marker, qui a réalisé avec La Jetée le plus merveilleux séquenceur de tous les temps, Antonioni pour la fin de Zabriskie Point ― je suis allé un jour dans la Vallée de la Mort pour avoir une chance d’y croiser Daria Halprin qui a, de tout temps, été la plus belle femme du monde, avant Ornella Mutti et après Amira Casar, mais j’ai fait chou blanc, Daria Halprin n’y était plus, ce que j’ai trouvé douteux, j’ai donc fait chou blanc dans la Vallée de la Mort, mais ça fait un peu tarte, c’est même stupide, ces histoires de plus belles femmes du monde, quand il faudrait, au contraire, si j’ose dire, que je me demande quels sont les hommes les plus sexy du monde, alors les hommes les plus sexy du monde, sexy au point de me faire douter de ma stricte, j’en ai peur, hétérosexualité, ces hommes sont Frank Zappa (qui est le plus grand guitariste électrique de tous les temps après Gilles Coronado et Fred Frith), Harry Dean Stanton (qui est le plus grand acteur de tous les temps ― avec Bruno Ganz), Peter Falk, oui, Peter Falk quand il emmène ses enfants à la page, en short de bain, pour les soustraire momentanément de la folie de leur mère dans Une Femme sous influence, particulièrement dans cette scène, Peter Falk est sexy en maillot de bain, John Cassavettes (qui cumule d’être le plus grand réalisateur de tous les temps) et Bob Dylan (qui cumule d’être le plus mauvais chanteur de tous les temps et un poète assez médiocre ― et très surcoté ― mais bel homme, oui, je veux bien l’admettre) et, on pourrait ajouter John Turturro ―, et il n'y a rien au-dessus des explosions de la fin de Zabriskie Point, Bergman, Jim Jarmusch ― mes trois réalisateurs préférés sont le Jim Jarmusch des années 80, le Jim Jarmusch des années nonante et le Jim Jarmusch depuis 2000 ―, Paul Thomas Anderson est le plus doué de tous les réalisateurs, Alain Resnais, quand il confie son scénario à un auteur compétent, sinon, non c'est nul, Fritz Lang, John Ford, Georges Méliès et Keaton sont les deux réalisateurs les plus extraordinaires de toute l'histoire du cinéma, avec Charlie Chaplin, Fellini est à la fois le plus grand cinéaste et le plus grand poète de tous les temps, les frères Coen, les frères Larrieux et les frères Dardenne sont les meilleurs frères cinéastes du monde, Wes Anderson est le réalisateur le plus fou qui soit, son Île aux chiens est le plus grand film d'animation de tous les temps avec Wallace & Gromit de Nick Park, Joseph Mankiewicz est le réalisateur préféré de B. et à ce titre c'est aussi le mien, les réalisateurs préférés des femmes que j'aime sont mes amis, il n'y a, en matière de cinéma, rien au-dessus de Yasujirô Ozu, et juste derrière lui, il y a Kenji Mizoguchi, Le Salon de musique de Satyajit Ray est insurpassable, Nicholas Ray est un très bon Ray aussi, Roberto Rossellini et bien Roberto Rossellini non ? Maurice Pialat est le plus admirable des réalisateurs français, avec Arnaud Desplechin et Jacques Tati, mais le plus grand c'est Jean Eustache, et la plus merveilleuse de toutes, Marguerite Duras, Samuel Fueller, Bruno Dumont ― surtout Le P’tit Quinquin ―, Franju et Clouzot que je confonds tous les deux, par exemple : Les Yeux sans visages c'est de Clouzot ou de Franju ? du coup ce sont eux deux le meilleur réalisateur de tous les temps, Larry Clark, bon sang, Larry Clark et j'ai failli l'oublier dans les photographes, Bertrand Bonnello est mon absolu préféré, avec Claire Denis, pas bien loin, il me reste quoi à faire ? ah ! les sculpteurs, les sculpteurs que je préfère sont l’homme ou la femme qui a sculpté la dame de Brassempouy, la dame à la capuche ― parce que je n’exclue pas, entre autres hypothèses, que cette première représentation fût un autoportrait ―, l’artisan qui a sculpté la Fuite en Egypte d’Autun, ben oui, quand même, Camille Claudel, Alberto Giacometti, Eva Hesse et Richard Serra, il y a eu d’autres sculpteurs dans l’histoire de la sculpture ? je crois que j’ai fait le tour non ? putain ! j’ai oublié Josef Beuys, Yannis Kounellis, Anselm Kiefer, Mathieu Mercier, Jeff Wall, Pierrick Sorin, Pierre Huyghe, Anish Kapoor, l’installation des Histoires de fantômes d’Arno Gissinger et Georges Didi-Huberman, Robert Morris, Michelangelo Pistoletto, Giuseppe Penone, les frères Chapuisat, Vincent Lamouroux, Stéphane Thidet, dont la maison dans la- quelle il pleut est insurpassable, Bill Viola, Antoni Tapiès, comment ai-je pu oublier Tapiès ? on ne peut rien me confier, pas même de dresser une liste un peu cohérente, fût-ce des choses que je préfère, ce qui ne devrait pas être si difficile que ça à faire, et pour bien faire il faudrait aussi préciser que ce que je préfère chez tel peintre c’est tel tableau et parfois même telle partie de ce tableau, ou encore tel livre de tel et telle auteures, et bien souvent tel passage de ce livre, parfois même telle phrase, tel signe de ponctuation, telle virgule placée de façon assassine, il faudrait que je précise que dans telle photographie de Joel-Peter Witkin c’est telle toute petite partie abimée de son négatif que je préfère, que dans un tableau de Cy Twombly ou de Robert Rauschenberg, c’est telle ou telle mémoires de leur geste resté en suspens qui installe chez moi, leur spectateur, cette tension que je recherche si avidement quand je contemple de la peinture, il faudrait que je puisse isoler telle progression des violoncelles, tel staccato des altos, tel grondement des contrebasses, telle plage du jeu d’orgue de Jean-Luc, tel raclement dans le piano de Sophie Agnel, telle catastrophe ou accident recréés en laboratoire par Fred Frith au-dessus de sa guitare électrique, oui, tout cela il faudrait le préciser, mais alors est-ce que toute la magie de ces choses que je préfère, à toutes les autres, ne s’envolerait pas, comme un rêve de sieste qui s’évapore dans la chaleur d’une chambre d’été ― un de mes photographes préférés est Bernard Faucon, il m’arrive de rêver dans des décors de Bernard Faucon, surtout à ses chambres d’été, en été, dans les Cévennes ―, ou comme une odeur, celle par exemple des amandes de la Casa Gispert de Barcelone que B. m’a gentiment rapportées la semaine dernière, qui est ma seconde odeur préférée dans tout l’univers, après celle, disparue, de ma fille Sarah quand elle était bébé, oui, c’est cela, même en s’efforçant à être précis, écrire My Favorite Favorite Things est impossible et Duke Ellington le savait, on ne peut pas jouer My Favorite Things ― c’est injouable ―, et on ne va pas parler de tout ce que j’aime bien faire quand je suis nu avec celle que j’aime, parce que ce sont beaucoup des souvenirs, dont tout le monde se fout d’ailleurs, et que c’est quand même un petit peu personnel non ? mais, oui, ce sont des caresses et des gestes que j’ai adoré prodiguer, que j’aime encore bien donner et recevoir, il ne faudrait pas croire que je sois un pur esprit qui passe ses vacances à écouter les Brandebourgeois de Bach en relisant Moby Dick ― à sa fenêtre en contemplant la montagne ―, mais j’aime vraiment beaucoup, les Brandebourgois de Bach et aussi, oui, quand même, le Bartelby de Hermann Melville et, enfin, oui, j’ai été à la fois terriblement surpris et déçu de constater que Duke Ellington n’avait jamais enregistré son interprétation de My Favorite Things ― il savait que c’était injouable ― alors que c’est mon musicien préféré de tous les temps et qu’il a joué absolument tout ce qu’il y avait à jouer dans le répertoire du jazz quand ce n’est pas lui-même qui l’a composé et écrit, etanét je vois dans cette incomplétude la seule explication possible à tout ce qui cloche dans le monde aujourd’hui, et ce sont autant de choses dont je préférerais ne pas avoir à parler, I would prefer not to, et sinon il y a aussi le My Favorite Things par Bill Evans qui claque la chatte. Mais moins que celui de Coltrane qui est My Favorite Favorite Things.

Philippe De Jonckheere, Montreuil, le 10 mai 2018