Jeudi 12 février 2004

Visite de la cathédrale d'Autun dont on peut dire que c'est surtout la salle capitulaire où sont exposées quelques-unes des têtes de chapiteaux de la cathédrale, qui m’arrête. Et de retrouver de vieilles connaissances. Dans l'apprentissage du dessin, il est une discipline ardue et cependant essentielle, le dessin d'observation, et notamment les plâtres. Les plâtres sont ces reproductions de bas-reliefs, de bustes, de crucifiés, de statues équestres réduites ou de modèle nus de quelques-uns des plus célèbres sculptures de l'histoire de l'art. Ce qui est recherché dans cette discipline ardue, c'est l'acquisition de la notion de proportions, c'est à dire rendre compte de l'emplacement exact des différents éléments qui composent la sculpture. Ainsi plancher sur le David de Michel Ange vous apprendra quelques notions essentielles, la tête fait un septième de la hauteur totale du corps, le nombril se situe exactement à mi-hauteur du corps, les membres inférieurs du haut des hanches jusqu'aux pieds font les deux cinquièmes de cette hauteur d'homme, que la main ouverte recouvre sensiblement la distance qui sépare le menton des sourcils, que le bras s'il est parfaitement déplié arrive au tiers supérieur de la cuisse et autant de quotients qui peuvent paraître rébarbatifs mais qui doivent être suivis scrupuleusement sous peine d'accoucher de monstres: des femmes aux seins sans gravité et très haut perchés, des ventres interminables, des sexes à hauteur de ventre et des mains minuscules ou au contraire ayant la taille de gants de base-ball, moufles disgracieuses tout de même. Lorsqu'un professeur de dessin d'observation s'aperçoit que ses élèves commencent à posséder certains de ces principes, il n'est pas rare alors qu'il ait recours au plâtre d'un bas-relief moyenâgeux, justement pour éprouver le sens de l'observation de ses élèves, parce que c'est le bas-relief en question qu'il faut représenter et que ce dernier est justement perclus d'erreurs de proportions, et rien n'est plus compliqué précisément que de reproduire une erreur de proportions, sans la réduire ni l'augmenter. Je me souviens d'une après-midi pluvieuse à plancher sur la fuite en Egypte. Je vois pour la première fois aujourd'hui dans la cathédrale d'Autun le véritable bloc de pierre — et non sa reproduction en plâtre — dans lequel les tailleurs de pierre de temps enfouis ont sculpté cette scène biblique et tant de choses me reviennent en mémoire, l'auréole de la vierge qui est très creusée et qui donne à la tête son volume, son visage désaxé, l'enfant Jésus qui devrait tomber du dos de l'âne et qui a les yeux au milieu du front et le visage douloureux de Joseph, sa dague interminable, l'âne qui a les traits d'un cheval. La lumière n'est pas très bonne dans la salle capitulaire de la cathédrale d'Autun et j'ai l'impression de faire mes gammes, de les refaire.

Au cours de la visite deux réflexions me viennent à l'esprit, les motifs décoratifs des thèmes végétaux sont souvent très schématiques et confinent à l'abstraction bien avant Kandinsky. A l'époque Dieu existait, cela ne fait aucun doute.