Dimanche Pour eux.



Je vais bien.

Je peux bien me moquer de mes amis, américains notamment, et l’un d’eux en particulier, qui, chaque fois qu’une bombe explose en France, m’envoient un mail pour savoir si cela va bien et de leur répondre que la France n’est pas un si petit pays que cela ou encore que Paris est certes moins étendu que Chicago mais que quand même. Ou de tancer Madeleine par message textuel de téléphone de poche, qu’elle exagère sans doute le danger en m’exhortant à rentrer à la maison vendredi soir, les jeunes vraiment, sans cesse dans l’exagération. Ou encore me moquer idiotement de Clémence qui le lendemain matin m’envoyait un message textuel sur mon téléphone de poche ironisant que sans doute je n’écoutais pas du métal la veille, mais que quand même un message du nouveau Pépé serait bienvenu, j’ai donc répondu qu’effectivement je continuais dans mon entêtement à préférer les Concertos brandebourgeois et John Coltrane, mais qu’en revanche je goûtais assez la cuisine cambodgienne. Et oui, ce n’est pas passé loin.

Sauvé par mon arthrose du genou de Pépé.

Alors c’est sûr hier soir quand j’ai reçu des messages textuels sur mon téléphone de poche, de ceux que des amis toujours bien intentionnés envoient à tous leurs contacts à la fois et qui généralement déclenchent chez moi des réponses on ne peut plus cyniques, dans le genre que moi c’est Phil, pas Charlie, bref quand hier soir il était question de mettre une bougie à sa fenêtre et de faire suivre à tous ses amis, je n’ai, pour une fois, pas trop fait le malin et mis de côté mon cynisme pas toujours très drôle, je ne suis pas allé jusqu’à faire suivre le message à tous mes contacts, non, quand même pas, mais une bougie à la fenêtre, ben oui, quand même, à la mémoire de ces personnes massacrées que je n’ai fait que croiser vendredi soir et dont nul doute la disparition dans des conditions aussi éprouvantes va anéantir leurs proches.

N’empêche, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, tout en passant très proche de la mort, maudite arthrose chérie, demi-tour alors que nous y allions, au Petit Cambodge, avec mon amie Laurence, j’avais trop mal au genou, bref en passant si proche du tout cela et bien, rentrant chez Laurence, nous ne nous sommes aperçus de rien, de presque rien et ce n’est que samedi matin, elle et moi, que nous nous sommes téléphoné pour se rendre compte que nous étions des personnes admirablement chanceuses.

Et c’est curieux tout ce que cela change. Parmi les discussions que nous avions Laurnce et moi vendredi soir, il y avait celle qui tournait autour du fait que cela n’allait pas super fort pour moi en ce moment, au point, c’est assez rare, que je finissais par perdre du goût et de l’appétit pour mon travail. Bref lamentations et jérémiades. J’ai drôlement honte. Ou encore, je ne connais pas ma chance, je ne connaissais pas ma chance. Alors je peux vous dire que ce week end dans le garage c’est l’usine. Je me suis remis au travail et plus vite que cela. Et on ne m’entend plus soupirer.

Alors ce n’est pas trop mon genre de parler aux morts, pas trop mon genre de mettre une bougie à ma fenêtre, mais voilà aujourd’hui je voudrais tourner mes pensées vers les morts, leurs proches en pleurs, vers ceux pour qui la grande faucheuse hésite encore, ceux qui souffrent et au nombre desquels il s’en est fallu finalement de très peu que Laurence et moi ne fassions partie et s’agissant de moi-même, sans doute eut-il été plus juste que cela tombe sur un type qui a déjà vécu pas mal de trucs dans sa vie, plutôt que nombre de ses jeunes gens, voilà je voudrais vous dire que ce n’est pas demain qu’on va de nouveau m’entendre me plaindre, geindre et que le moindre que je puisse faire en quelque sorte, c’est de continuer de faire ce que je sais finalement un peu faire : de nouvelles pages html. Que finalement c’est cela ma joie de vivre, entre autres choses, que je vous le dois. Et que le monde ne tounrera pas moins bien avec quelques nouvelles pages dans le Désordre (même s’il y en déjà beaucoup).

Il était par exemple temps que je me prenne par la main et que je retourne au chantier de Février. Que j’y fasse les pages du 181 au 212 février. Parmi lesquelles on apprend, incidemment, la naissance, le 206 février, d’une petite Sara. A laquelle je pense aussi aujourd’hui, ma petite Sara un de tes pépés joue encore à la pâte à modeler à son âge. Et puis il fait beau aujourd’hui, je vais aller marcher un peu respirer un autre air que celui du garage, fusse en claudicant.

Mes pensées, sincères, profondes, à vous qui n’avez pas eu ma chance.

Et j’allais bien ajouter une grossièreté ou l’autre, tout n’a pas changé en moi, à propos de ce que m’inspire la notion d’unité nationale, mais je vais exceptionnellement rester poli. Plus tard.
Le bloc-notes du désordre