Samedi Le monde retardé



Toutes ces photos que je rate, parce que je comprends trop tard que le déclencheur est resté bloqué par le retardateur utilisé pour la photo d’avant, toutes ces photos, si on pouvait les récupérer, dessineraient un monde qui, naturellement, n’existe pas, ou qui n’existe plus, le monde d’il y a huit secondes.  

Vendredi Le vieil homme et la mer pour Madeleine

Au début des années 90 on parlait d’un réseau qui était sur le point de naître, les descriptions que l’on en faisait ressemblaient à des récits de science-fiction, non pas la science-fiction de vaisseaux spatiaux, plutôt celle qui est capable de déplacer de quelques années les enjeux et de dessiner avec perspicacité les contours de ce qui va effectivement advenir. Je lisais les articles sur le sujet, notamment, dans le Monde diplomatique — et j’ai eu quelques regrets des années plus tard quand je travaillais au numéro 109 de Manière de voir, internet révolution culturelle, que l’on ait pas choisi un ou deux articles de cette époque — alors on parlait d’autoroutes de l’information. Mais alors j’avoue que je pensais que ce qui était décrit dans ces articles serait distant de dix ou vingt ans. Evidemment, comme beaucoup, je ne pouvais pas savoir que cinq ans plus tard, en fait, les autoroutes de l’information disparaîtraient sous une appellation davantage amenée à durer, celle de toile (dans le sens de la toile d’araignée, web en anglais).

En 1996 sortait un livre en France, dont personne ne voulait, le Grand Secret du professeur Gubler. Le médecin de Mitterrand témoignait de ce qui avait été un mensonge d’Etat, en brisant, justement, le secret médical. Le livre a été très rapidement interdit. Si mes souvenirs sont bons, dans les deux semaines. Ce qui, en temps juridique, avoisine, de très près, la vitesse de la lumière. Et à vrai dire les choses auraient pu en rester là, sauf que quelques passionnés, des précurseurs, des visionnaires presque, eurent la bonne idée de s’en procurer rapidement un exemplaire, de ceux qui avaient été vendus dans les deux premières semaines et l’ont numérisé et mis en ligne — d’ailleurs, à l’époque, pas sûr que ces personnes disposaient des moyens techniques plus contemporains qui permettent de scanner et de lancer dans le même geste une reconnaissance graphique. Si mes souvenirs sont toujours bons, ils ont rapidement eu des soucis de bande passante, ce qui pour l’époque n’étonnera personne, mais avec force travail de miroirs, ces problèmes ont pu être contournés.

Il y a un peu plus de douze ans maintenant, quand j’ai commencé à travailler à la construction du site Désordre, qui était encore loin de s’appeler comme cela, j’étais résolu à m’impliquer dans le travail de miroir. Et donc, c’est comme cela que l’on trouve littéralement à la racine du site Désordre, le pdf du Grand Secret. Non pas que je pense que ce soit un texte extraordinaire, il a ses qualités, mais voyez-vous je n’aime pas beaucoup que l’on me dise ce que j’ai le droit de voir et ce que je n’ai pas le droit de voir. Depuis, j’ai appris à construire de façon plus rationnelle des sites internet, et notamment de ne pas faire résider tous les fichiers d’un site à sa racine, mais celui-là, je l’ai laissé là. A la racine donc.

Hier, j’apprends que François Bon a des ennuis avec les peigne-culs du vieux monde. Dans une lutte entre publie.net et Gallimard, on se demande bien qui a les moyens de se payer les meilleurs avocats. D’ailleurs, il ne faut pas être psychanalyste pour voir dans cette affaire des ramifications évidentes, les peigne-culs du vieux monde voient leur influence et leur pouvoir s’effriter, ça les frustre, ils décident de faire un exemple et quelle aubaine, ils vont pouvoir se faire l’auteur d’Après le livre. C’est minable.

Pour ne pas mettre en péril l’édifice de publie.net, François a retiré sa traduction du Vieil homme et la mer de Ernest Hemingway.

Ben moi, cela ne me va pas du tout, cette histoire. J’ai toujours prêté mes bouquins. Et j’en offre aussi assez souvent. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma grande fille Madeleine, 13 ans, alors Madeleine, je t’offre le Vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway dans sa nouvelle traduction de François, et Madeleine, comme je te l’ai déjà appris, il FAUT prêter ses livres, donc Madeleine vous prête son exemplaire du Vieil homme et la mer.

Et les peigne-culs peuvent aller se faire voir.

Cliquer ici (cliquer droit et faire "enregistrer la cible sous"). On note que je range ce fichier à sa place, à la racine du site. Et soyez vous-même un miroir, mettez ce précieux fichier à la disposition de tous.

Je reprends cette photographie du père de François, parce que j’ai bien compris pourquoi elle était en tête de son article




Lisez Après le livre de François Bon, c’est encore le plus grand tort que vous pourrez faire aux peigne-culs du vieux monde

 

Lundi Générique



Ces derniers temps, dans le film de ma vie, ce réseau tressé à partir des images que je parviens à retenir du flot incessant, je me demande si je ne suis pas déjà arrivé au générique. Tellement ça va vite, tellement c’est triste sur la fin du film.  

Dimanche Deux cent trente et une fois



Deux cent trente et une fois, aujourd’hui, j’ai courageusement sorti les mains de mes poches. Et je les ai collées au métal froid de mon appareil-photo. En faisant le tour du lac Pavin, entièrement gelé.
Le bloc-notes du désordre