Samedi Samedi 19 septembre 2009

C’est aujourd’hui que j’apprends que le site de Zazieweb ferme ses portes, encore en ligne pour le moment, mais son fonctionnement a disparu.

Je n’ai jamais été un grand visiteur de ce site, dont j’ai toujours apprécié le mode de fonctionnement, mais je n’ai pas l’utilité de son contenu, parce que je vis au crochet de deux amis libraires, et d’autres amis encore, grands lecteurs, qui a au fil des années ont poussé dans mes mains tous les livres que j’avais besoin de connaître, et ont su chaque fois que je m’approchais d’un mauvais livre détourner très habilement mon attention vers un autre livre. A vrai dire je n’ai jamais compris comment l’un et l’autre de mes amis libraires faisaient, je me suis toujours gardé d’essayer d’y voir de la technique, de peur d’abimer leur sorcellerie.

En revanche je ne suis pas dupe d’être en dette envers Isabelle Aveline et de ses lecteurs pour avoir grandement contribué en aînée à la notoriété, peut-être pas, mais au signalement fidèle du site du Désordre, pour cela Isabelle mes remerciements sincères.

N’empêche, la disparition de Zazieweb ce n’est pas rien, treize année d’existence, autant dire que ce site est l’aîné de presque tous les sites littéraires, à peu de choses près. Et très tôt d’ailleurs, cette compréhension de mécanismes propres au web, il y a treize ans ce qu’Isabelle faisait porte un nom récent celui de web 2.0 — de mon côté encore rien compris vraiment de cette différence, si ce n’est qu’elle n’est pas nécessairement qualitative, mais là n’est pas le propos.

Je ne connais pas bien Isabelle, on a du se croiser une bonne douzaine de fois, statistiquement, une fois par an, une fois nous avons même partagé la même estrade, au Salon des Revues en 2003, et si je me souviens bien, nous faisions front. Et puis les autres occasions de l’écouter elle ou d’elle venant m’écouter ou encore tous les deux dans le public, et aussi les participations aux premières assemblées générales de remue.net, et je constatais toujours les mêmes deux choses, la fatigue d’Isabelle qui portait son projet à bout de bras, moins la fatigue d’ailleurs de porter en soi le projet que de devoir sans cesse l’expliquer et tenter d’obtenir des financements qui auraient permis de le faire vivre et de le péréniser, mais au delà de cette fatigue, une compréhension très clairvoyante de nombre des enjeux de la propagation du texte, mais pas seulement du texte, à l’aide du vecteur internet. Combien de fois ai-je entendu Isabelle, dans son propos, appréhender des formes neuves et de comprendre instantanément quelles nouvelles possibilités s’ouvraient grâce à ces outils de la médiation en ligne — je me souviens distinctement avoir entendu Isabelle parler des possibilités agrégatives des flux en 2004, et l’outil qu’elle dessinait de ses mains dans l’air, n’était autre qu’un agrégateur de flux, mieux que cela un espace public d’agrégation.

Il y avait peu de sites qui avaient trait au texte, comme matière, qu’Isabelle ne connaissait pas, et pour les meilleurs d’entre eux sa prescription était brougrement efficace. Elle était au courant de tout et savait parfaitement s’employer à être une caisse de résonance, comme je l’ai déjà dit, le site du Désordre a amplement bénéficié de cette générosité.

Il y a quelques années déjà que j’ai cessé d’expliquer à qui veut bien m’écouter ce qui m’apparaît comme les contours d’un monde neuf dans sa propagation des oeuvres et des textes, ou encore comment les jérémiades des tenants d’un ordre ancien sont plutôt risibles. De même que l’an 2000 n’est jamais arrivé, que nous ne vivons pas dans des cités aussi futuristes que celles représentées par nos dessins d’enfant des années 1960, le monde neuf que j’appelle de mes voeux — dans la compagnie de nombreux autres, parmi lesquels Isabelle Aveline, donc — n’est pas arrivé et il n’arrivera sans doute jamais, c’est juste que le futur ne s’est pas produit là où on l’attendait, ni dans les formes attendues. Et qu’une certaine manière de normalisation a su atténuer et gommer les avancées un peu trop impétueuses des esprits les plus adventifs, pour leur donner des silhouettes plus familières et ne produire que des réactualisations de ce qui est déjà connu.

Il est bien malin celui qui peut lire dans le présent les formes qui seront plus tard celles du passé et de l’histoire, mais je gagerais bien que la fin de zazieweb, dans l’histoire d’internet, de l’internet francophone, est un moment historique et représentatif, ce qui en fait, par dessus tout, une mauvaise nouvelle.

Et pour ceux qui se rassurent un peu trop facilement que l’archivage complet de Zazieweb a été dûment réalisée à la B.N.F., il faudra répondre que ce n’est pas le plus important, que ce qui était vital dans zazieweb, justement, c’était son fonctionnement vivant.

Alors Isabelle, on ne t’en veut pas, loin s’en faut, on ne comprend que trop, mais cela ne va plus être pareil sans ton Zazieweb. Confiant malgré tout, que le changement induit par cette fin, ne devrait pas tarder à donner lieu à un nouveau projet que ton esprit vif aura su dessiner. Presque hâte.

En toute amitié.

Photographie : Isabelle Aveline parlant d’agrégateurs publics de flux rss, à l’assemblée générale de remue.net en 2004

 

Vendredi Vendredi 18 septembre 2009



 

Jeudi Jeudi 17 septembre 2009

Discussion plus longue que d’habitude avec l’orthophoniste, on s’amuse un peu de notre désaprobation commune des comportementalistes, de leur méthodes de psychologie canine, de leur propagande — en fait elle a commencé sa séance avec Nathan en lui offrant un biscuit, parce qu’elle même n’avait toujours pas mangé, et luttant contre la faim de fin de matinée, elle allait manger un biscuit, elle ne se voyait pas ne pas en proposer un à Nathan, aussi elle s’était amusée d’avoir pratiqué la méthode A.B.A. à l’envers en proposant une rétribution alimentaire avant que l’enfant ne le mérite — et de fil en aiguille nous échangeons, nous sommes tous les deux empathiques de cette douleur terrible que c’est d’apprendre que son enfant est autiste, que le mot agit comme une sanction, une absence d’espoir, un verdict-couperet, et on voit bien comment des parents passés par ce hachoir deviennent des proies faciles pour les comportementalistes et leurs méthodes tordues — je pourrais presque me compter parmi leurs anciennes victimes.

Et de fil en aiguille, parce que ce n’est pas une discussion très construite, je tente une explication à propos de la difficulté majeure d’être le parent d’un enfant autiste, celle de la pression sociale et de l’embarras, des situations invraisemblables dans lesquelles votre enfant vous plonge, ce sentiment de honte, d’être le parent d’un enfant pareillement détraqué. Et, je n’arrive pas à mettre vraiment le doigt dessus, mais il me semble qu’alors ce que l’enfant renvoie à ses parents c’est une image toujours plus embarrassante et honteuse d’eux-mêmes. Ce qui ne fait, naturellement, qu’empirer les choses, comme elles empirent dans une spirale vicieuse.

Or c’est peut-être là le noeud de l’affaire, l’enfant autiste renvoie avec violence à ses parents son inadéquation dans le monde de ses parents, et sentant bien la gêne qu’il suscite chez eux, quand ce n’est pas la honte — et on n’aurait bien tort de penser que des enfants autistes, parce qu’ils ne sont pas naturellement doués d’empathie, ne seront pas réceptifs à ces sentiment négatifs qu’ils suscitent chez leurs plus proches — l’enfant augmente sciemment les conduites les plus pénibles. Supporter de tels comportements de la part de son enfant, ne pas s’en sentir envahi, n’est pas une simple affaire de maîtrise de soi. Là aussi l’efficacité de l’enfant autiste à rendre ses parents chèvres vient en grande partie qu’il sent parfaitement quel sera le biais parfait pour courir sur leurs nerfs. Et que c’est seulement une certaine forme d’extinction par manque de carburant — ou est-ce même de comburant dont il s’agit ? — qu’il convient de pratiquer pour parvenir à se libérer de tels emprisonnements. Or cela demande, pour être imperméable aux attaques de son propre enfant, et toujours en terrain défavorable, une connaissance aidante de ses propres mécanismes, de ses failles et des ressorts de ses faiblesses, ce qui est extraordinairement compliqué à accomplir, et c’est sans doute le moment où jamais pour consulter comme on dit.

Si cette forme escarpée de résilience et de reconquête de soi, finit par porter ses fruits, il est courant, et même immédiat, je présume, que l’enfant ne s’en ressentira que mieux. Or, avant même le bénéfice pour l’enfant, est-ce qu’il ne serait pas loyal de reconnaître le bienfait que l’enfant autiste a a ccompli en contraignant ses parents à cette meilleure connaissance de soi ? — et je suis redevable de Nathan, une fois encore, pour m’avoir pareillement poussé à cette meilleure connaissance de moi-même, de mon inadéquation en tant que père et d’avoir tenté de lutter contre cette nature insuffisante.

Encore une fois, j’en suis convaincu, sans parvenir tout à fait à mettre le doigt dessus, je m’en rends bien compte.

 

Mercredi Mercredi 16 septembre 2009



Faute du restaurant coréen promis par R., nous dînerons dans un restaurant éthiopien, ce qui n’est pas la même chose. Et pendant tout le repas avec mon ami R., je n’ai cessé de me demander quelle était la part de modifications induites par ce changement de dernière minute dans le coeur même de notre conversation. Impossible en effet que ce changement de menu n’ait pas eu d’influence. Et si j’ai amplement goûté le plaisir de cette conversation avec R., que je ne peux pas regretter prospectivement le plaisir de la conversation que nous aurions pu avoir dans le restaurant coréen, fermé le mercredi, je me demande si je ne regrette pas surtout le menu coréen, qui à mon avis est plus proche de mes goûts et dont j’ai l’idée que la digestion est plus facile.

Ou encore aurais-je préféré une conversation moins plaisante avec R. devant de meilleurs assiettes, ou est-ce que je préfère le plaisir atteint par cette conversation dans le restaurant éthiopien mais devant une assiette qui ne me procure pas le même plaisir ?

Parmi les nombreux sujet de notre conversation, Eric Dolphy. Aurions-nous parler d’Albert Ayler dans le restaurant coréen ?  

Mardi Mardi 15 septembre 2009



C’est curieux tout de même que quand on a des soucis d’argent on finisse par pouvoir, jusqu’à un certain point, les régler en allant parler avec sa banquière, ce faisant est-ce qu’on ne se jette pas dans la gueule du loup ?danger d’autant plus prégnant, dans mon cas, puisque ma banquière est une femme extraordinairement belle, ce qui détruit chez moi toute vélétité et toute possibilité de concentration. Et donc toujours cette impression de pactiser avec le diable ou encore de demander à un vampire si votre sang l’intéresse. Ainsi, depuis quelques années, c’est souvent le sentiment que ce que l’on finit npar négocier auprès de sa très jolie banquière, c’est de nous avancer un argent que l’on aura toutes les peines du monde à rembourser, ce qui nous mettra invariablement dans la situation de devoir négocier la situation n+1, il doit bien y avoir un moment où notre sang devient trop clair, et alors que fait-on, alors, de notre corps exsangue ? Impossible pour moi de ne pas y voir une certaine forme de mort. Et la mort n’est pas ce squelette de faucheuse drapée de noir, mais bien cette très belle femme, souriante, dont les yeux noisette reflètent à merveille les colonnes lumineuses de mes comptes sur son écran, des manières et une voix douces. En sortant de mon rendez-vous avec ma banquière cet après-midi, j’ai été pris d’un frisson.  

Lundi Lundi 14 septemre 2009



Lundi soir, nous expérimentons, j’emmène Adèle avec moi pour accompagner Nathan chez l’orthophoniste et le psychomotricien, et nous laissons Madeleine seule à la maison.

Chez l’orthophoniste, nous lui empruntons des livres pour distraire Adèle dans la salle d’attente, un livre de comptines assez déconnant que je prends beaucoup de plaisir à lire à Adèle, à laquelle le côté détraqué des vers apparaît en pleine lumière, elle se rend bien compte qu’il y a des choses qui clochent et ça l’amuse beaucoup, puis nous lisons un livre où il faut découvir dans ses illustrations des éléments étranges, comme un homme qui dort dans son lit en portant un casque intégral, un cheval dans une étable avec un fauteuil à la place d’une selle, et l’hameçon d’un pêcheur qui finit par emporter toute la surface de l’eau comme un tapis sur lequel il se serait agrippé, et Adèle prend beaucoup de plaisir à scruter chaque dessin et relever ses inépties. Apparemment c’est une séance également très productive pour Nathan qui fait de nouveau de réels efforts, notamment pour des exercices de lecture rapide qu’il n’affectionne guère.

Chez le psychomotricien, dans la salle d’attente je fais du mécano en bois avec Adèle, ravi de retrouver ce jouet, tandis qu’au travers de la cloison, je n’entends pas un bruit, séance sans doute studieuse, en fait j’apprendrais que Nathan a fait une séance de relaxation, ce qui n’est pas son fort, et qu’il y a mis beaucoup de sérieux et tout le relâchement voulu.

Nous rentrons à la maison et nous sommes accueillis par une Madeleine qui a réussi le prodige de préparer un embryon de repas avec les trois restes qui séjournaient encore dans le réfrigérateur et comme elle dit nous n’avons plus qu’à mettre les pieds sous la table, et en plus elle a fait un excellent crumble avec les fruits qui restaient, des pommes et des prunes.

Quelle félicité avec les enfants. Je n’ai presque pas le coeur de les coucher, même si, de fait, il y a école le lendemain matin.  

Dimanche Dimanche 13 septembre 2009



Le bloc-notes du désordre