J – 199

Rendez-vous chez mon éditeur. Je remue dans la bouche cette locution de « mon éditeur » et elle sonne très agréablement à mes oreilles, c'est bête bien sûr de penser les choses de la sorte, mais je ne peux pas m'en empêcher. Mon livre Une fuite en Egypte va sortir en janvier 2018. Et aujourd'hui je suis venu pour discuter de la partie des droits numériques que j'aimerais garder par devers moi, en expliquant que je ne sais pas exactement encore ce que je veux en faire, en tout cas, certainement pas de les commercialiser moi-même, qu'on se rassure, mais, à partir du texte original, produire une manière d'objet hypertextuel, voire programmatique à certains endroits, oui, certainement, j'aimerais pouvoir garder les droits pour le faire, surtout que depuis la semaine dernière je travaille ardemment à cette version hypertextuelle et proliférante d'Arthrose et que naturellement j'ay prends du plaisir, sans parler de Qui ça ?, alors oui, j'aimerais bien pouvoir garder le droit de ce genre de choses. Et je suis extatique à la réponse de mon éditeur, il peut y avoir deux versions numériques, celle homothétique et celle augmentée et transformée par mes soins. Comme je finis par le dire, alors il n'y a pas de discussion ? Apparemment pas. Et dire que je m'en faisais un peu tout une montagne.

Par ailleurs nous avons pensé que nous pourrions publier ton livre bien plus tôt, aussi tôt que mars 2017 (autant vous dire que pour ne pas paraître trop exalté à cette nouvelle, cela m'a demandé une maîtrise de moi-même qui n'est pas humaine), mais, parce qu'il y a un mais, il faut que tu saches que le printemps 2017 ne sera pas une période propice pour la sortie d'un roman d'un primo romancier puisque tu entreras en concurrence avec les élections présidentielles (et là autant vous dire que pour ne pas éclater de rire, l'effort de maîtrise de soi a été pareillement inhumain), période pendant laquelle les lecteurs sont davantage obnubilés par la lecture d'essais — il est étonnant pour moi d'apprendre que mes contemporains vont lire toutes sortes d'essais pour motiver leur choix entre différents programmes de droite.

Et donc immodestement j'ai décidé de relever le défi : je me battrais seul avec mes petits poings contre les rouleaux compresseurs éditoriaux que sont les essais en période électorale majeure, cela me demandera du courage mais je vais répondre présent à ce combat, tout ressemblance à tel hère aux esprits enflammés par des livres de chevalerie et donnant l'assaut à des moulins à vent n'est pas fortuite, j'ai été, je suis et je serai, quoi qu'il arrive, le Don Quichotte du Val de Marne.

Plus tard le soir en réunissant les éléments demandés, parmi lesquels une photographie de moi pour la quatrième de couverture, je ne résiste pas à confier à mes interlocuteurs ceci :

Chers,

Puisque je rentre en compétition immodestement avec la grande foire électorale (quand je pense que je suis du parti de ceux qui crient que 2017 n'aura pas lieu), je ne résiste pas de vous confier que pendant deux semaines, il y a très longtemps, au crépuscule du deuxième millénaire, j'ai été dans la classe d'une concurrente de la foire précitée et qu'on m'a changé de classe au bout de deux semaines, parce qu'elle n'avait pas le droit de parler, même pour répondre quand elle était interrogée, sans que je me lève de mon siège et que je lui éructe: tu fermes ta gueule Le Pen!

L'histoire se passe au lycée de Saint-Cloud dans les obscures années 80.

Amicalement à tous les deux.

Phil

Pour la biographie de la quatrième de couverture, j'ai pensé à ceci :

Philippe De Jonckheere est né le jour de la 1964ème commémoration du massacre des innoncents. Il invente des vies qu'il n'a pas vécues puis s'ingénie à les vivre fidèlement, histoire de vérifier que ses fictions tenaient la route. Par bonheur, il ne va pas, dans la réalité, jusqu'à tuer certains membres de son entourage, même par mégarde. Dans la vraie vie, en fait, il est employé de bureau dans un vaste open space de 150 âmes, où il s'ennuie.

Pour l'extrait :

"on pourrait imaginer une digression ; un développement inopiné du récit ; dans lesquels la mécanique de la triangulation amoureuse jouerait à plein ; je ne vous fais pas un dessin ; pimentée ; ladite mécanique ; par le mélange volatile de la passion sexuelle et de la mort dans un déluge de violence routière ; avec force descriptions du carnage ; l'enchevêtrement des chairs et des carlingues ; des descriptions et des photographies post mortem ; la mort violente donc des êtres aimés ; puis moins aimés ; les survivants ; pour ainsi les nommer ; se rapprochant ; les circonstances aidant ; fréquentant les mêmes endroits ; hôpitaux ; morgues ; cimetières et crématoriums ; le charme des lieux agissant avec magie ; "

Quant au pitch, comme on dit :

Une femme meurt dans un accident de voiture, elle laisse derrière elle, comme on dit, deux enfants en bas âge et un compagnon obèse entièrement dépassé, qui a bien du mal à faire face, il se masturbe beaucoup, entame une dépression nerveuse, rencontre la femme de sa vie, mais ne parvient pas du tout à tomber amoureux d'elle, pense au suicide, mais n'est pas assez bricoleur pour cela, c'est écrit en une seule phrase, un peu longue tout de même, bref, on se gondole à toutes les pages.

Pour les portraits de la quatrième de couverture, vous pouvez choisir par celles-ci

Autre possibilité pour l'image de couverture, photographie de Weegee également


Exercice #15 de Henry Carroll: Personnes dont vous respectez l'avis sur vos photographies

Barbara Crane
Bart Parker
Frank Barsotti
Joyce Neimanas
Robert Heinecken
Karen Savage
Ray Martin
Dominique Anginot
Alain Jaubert
Daphna Blancherie
Hanno Baumfelder
Isa Bordat (qui n'ose pas toujours me dire que mes photographies sont trop jaunes)
Martin Bruneau (qui pourtant est peintre)
Dominique Pifarély
Michele Rabbia
Daniel Van de Velde
Lola Van De Velde (même si elle tire trop fort pour mon goût)
Alice Barzilay
L.L. de Mars (mais il ne me dit jamais rien)

En fait cela fait de nombreuses personnes — même si certaines ne sont plus de ce monde — et il y en a sûrement d'autres, en fait je fais confiance à plein de personnes pour ce qui est de me conseiller en photographie, et pour le reste aussi d'ailleurs, je suis tellement sûr de rien. Et surtout pas en photographie.