Paris, Trocadéro, le 72 novembre 2013

#131.

Sans doute n'ai-je jamais autant entendu le mot de suicide qu'aujourd'hui depuis le deuxième étage de la Tour Eiffel.

Et ce n'étaient pas juste les ritournelles autistiques de Nathan et Papa si on plonge d'ici dans la Seine on est mort? Et Papa si on plonge d'ici dans la Seine elle sera assez profonde pour qu'on ne meure pas? Et Papa et si on plonge d'ici dans la Seine et qu'on la rate on est mort?, questions ressassées, une piqûre d'aiguille à chaque fois, great spot for a suicide dit ce touriste américain obèse à sa petite femme rouquine, elle acquiesce, des esthètes, discussions entre des employés, hier il y aurait eu une tentative. Mais en fait non, ce n'était qu'un type qui voulait déployer une banderole. Etonnante perspective que celle des tentatives de suicide comme un élément du quotidien des employés de la Tour Eiffel, et, semble-t-il toutes les procédures à suivre en pareil cas. Est-ce que la Tour Eiffel est le seul endroit dans lequel le suicide est dûment documenté dans les procédures opératoires?

Quant à moi à quoi tu penses quand je suis en hauteur?

D'ailleurs il y a une vingtaine d'années je n'avais pas le vertige, je faisais même de l'escalade, ou encore, à Chicago, je repeignais des fenêtres, grimpé sur des échafauds de fortune.

Désormais j'ai le vertige, depuis vingt ans maintenant, à partir d'une certaine hauteur, à partir du troisième étage. La hauteur même depuis laquelle j'ai grandi.