Paris, Beaubourg, le 76 octobre 2013, exposition de Pierre Huyghe

#119.

Ce matin, visite médicale annuelle oblige, tu ne vas pas directement au travail, mais tu peux partir une heure plus tard directement de la maison.

Du coup tu embrasses tes enfants qui prennent le bus pour aller à l'école, et tu vas dans le garage travailler une petite heure.

Tu te dis, si j'étais un artiste, j'embrasserais mes enfants le matin à l'arrêt de bus, et je retournerais dans mon garage, tasse de café à la main et je travaillerais toute la journée à tous ces projets dont j'ai bien peur que je ne pourrais pas leur donner forme dans cette existence qui m'est si chichement impartie.

Si j'étais un artiste. Et tu ferais la liste de toutes ces choses que tu pourrais faire plus librement. Et ce serait une nouvelle liste dans cette série de textes dans lesquels tu reprends des listes de choses.

Si j'étais un artiste, mais tu ne préfères pas faire une liste trop précise de toutes ces choses justement.

Si j'étais un artiste, mais tu ne préfères pas trop y penser.

Si j'étais un artiste justement, est-ce que je ferais pas différemment?

Si j'étais artiste, de telles questions ne me tarauderaient pas.

Si j'étais artiste, je ne concevrais pas un peu de colère en découvrant la photographie d'un artiste dont je ne goutte pas du tout le travail, mais alors pas du tout, dans un article de presse d'un vieil hebdomadaire abandonné sur la table basse de la salle d'attente de la médecine du travail.

Ah! Si j'étais un artiste.