Arles, le 9 novembre, Lee Ufan et exposition Nuages au Musée Réattu.

#62.

C'est une évidence, si tu ne devais pas aller travailler dans l'open space, tu en aurais du temps pour faire des choses qui te tiennent à coeur. Ce n'est pas seulement décoratif. Tu peux en faire la liste, ce serait la liste des projets dont tu redoutes que finalement tu n'auras peut-être pas le temps d'accomplir.

Il y a finir le film des clignements avec Michele
Il y a ce projet d'une installation numérique avec Dominique
Il y a ce texte dont tu viens enfin de trouver le titre, Il est mort quand je suis né.
Il y a cet autre texte auquel tu travailles de temps en temps, My Pictures, texte à propos de tes images, des images, sans image.
Il y a les dernières corrections à apporter à Portsmouth, Cécile doit te détester, mais je pense qu'elle est confiante que tu méneras jusqu'au bout son sauvetage.
Il y a le travail en cours avec Sarah sur Une Fuite en Egypte.
Il y a l'idée d'une relecture complète du bloc-notes du Désordre, de passer sous SPIP les quatre premières années et d'élaguer, d'en faire un texte fini.
Il y a ce projet d'images classées par fuseaux horaires dont tu as dessiné les grandes lignes avec Julien sur le chemin du retour du restaurant avec lui la semaine dernière.
Il y a ce projet qui mange tout ton temps libre en ce moment, la construction d'un vrai dossier pour l'envoyer aux institutions et autres personnes susceptibles d'en faire quelque chose.
Il y a cette idée de jouer de la musique visuelle avec L.L. de Mars.
Il y a ces pages de dialogue dans le Désordre avec Dominique
Il y a cette page infinie qui pourrait servir de partition à Dominique en concert solo (le script est fini, il n'y a plus qu'à fabriquer les centaines d'images pour rendre la choses infinie)
Il y a cette très ancienne idée de peindre des objets courant, des déchets même, en gris et de les prendre en photo.
Il y a cet immense projet de numérisation de tous tes négatifs américains et d'écrire le texte qui doit les accompagner, tu en avais écrit le début il y a déjà quelques années, et tu lui as donné ce titre de Tuesday's gone (oui, comme la chanson de Lynyrd Skynyrd, long à expliquer ce choix)
Il y a ce très ancien projet d'un musée imaginaire de la photographie. Les photographies du patrimoine qui t'ont marqué, quelques lignes chaque fois pour en raconter l'histoire, fuir absolument la chronologie, placer Heinecken à côté de Stuart Alexander, Robert Frank aux côtés d'Eugène Atget avec Walker Evans comme trait d'union.
Il y a cette idée d'un vaste projet qui réunirait toutes les photographies que je prends d'oeuvres d'art, leurs cartels et le travail de rayogrammes que tu as entamé il y a des années avec des cartes postales.
Il y a le roman wiki, Faux, dont tu avais entamé l'écriture il y a presque dix ans. Et c'est pourtant une histoire qui te tient à coeur.
il y a le roman-photo de la Vaisselle (et dire que d'animer l'atelier du samedi matin à l'école Decroly ne t'a pas mis le pied à l'étrier, c'est à désespérer de tout)(sans compter qu'il faudrait mettre l'album des enfants en ligne, pour la rentrée ce serait pas mal)
Il y a cette série Et, inspirée de la ritournelle du journal de Peter Handke
Il y a tenir la Vie à jour
Il y a cette restitution de l'installation Ombres et nuages d'Isa à Lormes. (Miraculeusement tu as trouvé le moyen de faire cela en deux coups de cuillère à pot)


Et il y a tenir la chronique de Contre  

Mille ans d'une vie comme celle d'aujourd'hui n'y suffiraient pas. Et tu n'es pas Abraham.  

Se pose alors à toi la question suivante. Es-tu sot de croire que parmi ces projets certains manqueront, s'ils ne sont pas réalisés, davantage à tes prochains que certains fichiers remplis de chiffres que tu es en fait payé pour produire par et pour la Très Grande Entreprise en son sein, l'open space?