Versailles, le 15 novembre 2013

#60.

Les dix ou vingt pages que tu lis tous les soirs du journal de Peter Handke avant d'éteindre te transpercent parfois.

Si j'atteignais à un mépris constant de la mort, je pourrais enfin vivre franchement.

Ou encore cette description d'un adolescent autiste et de son père

L'adolescent autiste de Cormôns: il passe tous les après-midi sur le quai de la gare là-bas, la bave aux lèvres, riant, hurlant, se frappant le crâne contre les genoux, sautillant sur le quai, près de lui son père qui lui prodigue des paroles apaisantes, et il reste là à attendre les trains après lesquels, quand ils passent en trombe — plusieurs, toujours —, surtout les trains de marchandises au fracas sourd, cliquetants, il court alors, comme avec des bras de kangourou, puis crie dans le vide, sur quoi son père lui pose la main sur l'épaule et, dans une langue d'enfant, lui dit que bientôt, tout de suite, un autre train viendra (1er juin 1988)