Fontenay-sous-Bois, le 4 novembre 2013

#6.

 

Et quittant ma maison ce matin pour aller au travail, le cour gros, en ce retour de vacances d'été, j'ai pensé à toutes les femmes qui servent les cafés au comptoir de la Très Grande Entreprise, que sûrement parmi elles il y en aurait pour lesquelles c'était aussi le jour de la reprise, et que la chose devait être encore plus décourageante que pour moi-même. J'ai eu honte et j'ai traversé la rue en direction de ma voiture avec un peu de baume au coeur.

Démarrant la voiture l'autoradio s'est mis en marche et je suis tombé sur le disque que nous écoutions avec Clémence sur le chemin du retour. J'étais sur le point de pleurer, et j'ai alors pensé aux femmes qui servent le café au comptoir de la Très Grande Entreprise, et à l'une d'elles en particulier, dont le visage s'est dessiné avec netteté dans mon esprit, et je l'ai imaginée serrée dans le métro pour venir au travail, sans doute encore plus tôt que moi-même, et j'ai imaginé qu'elle revenait de vacances et qu'elle pleurait.

Et je me suis engagé dans la circulation avec un peu plus d'entrain et quand je suis arrivé à mon travail, je me suis arrêté au comptoir de la cafétéria et cette femme, elle s'appelle Brigitte, était là, j'étais son premier client et elle m'a servi un café et j'ai tâché d'être le plus poli du monde.

Elle s'est retournée, j'ai eu le sentiment que c'était pour cacher une larme en faisant mine de préparer le percolateur pour le prochain café et je suis allé à mon bureau avec un peu plus de courage en me grommelant que cela ne pouvait pas, n'avais jamais été, et ne serait jamais aussi terrible que pour Brigitte.