A quoi tu penses?

Je lève le nez de mon écran pour photographier le passage du train devant la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, et quand je reviens au film que j'étais en train de regarder sur le petit écran de mon ordinateur portable — L'état des choses de Wim Wenders que je n'avais plus revu depuis que j'étais étudiant aux Arts Décos, et alors le film m'avait fait forte impression, cette fois, ayant pris de la bouteille, je remarque surtout les pesanteurs typiques de Wenders, la musique à chier, une constante dans les films de Wenders, à l'exception de Paris, Texas, là on rejoint en médiocrité la musique d'Alice dans les villes, film pourtant fétiche, et malgré cela quelques plans miraculeux, on ne pourra jamais dire que Wim Wenders est un cinéaste maladroit, juste souvent lourdingue — et lorsque je reviens du regard à l'écran, le personnage de Frédéric explore le jardin de la propriété de son producteur-fantôme, Gordon, et l'image se fige partiellement comme cela arrive souvent quand je regarde un film dans le train, les secousses ont parfois cet effet sur le disque dur de l'ordinateur portable, l'appareil-photo en main, j'en profite pour photographier cet étrange halo de pixellisation qui est tombé parfaitement sur le personnage au milieu de l'écran, laissant indemne tout le paysage qui l'entoure.

Ce faisant je remarque que ce n'est la première fois que je tente de capturer ce genre d'images déréglées, toujours à la recherche de ces effets de pixellisation inopinés et je me fais finalement cette réflexion: ce que j'essaye de capturer de la sorte, je pourrais tout aussi bien le produire, de façon nettement plus maîtrisée qui plus est, en retravaillant la même image d'origine dans un programme de retouche numérique. Et pourtant, je ne le fais pas, je suis viscéralement un photographe, un photographe qui capture des images, un suiveur d'Henri Cartier-Bresson en somme.