A quoi tu penses?

Je pense que les enfants se sont endormis il y a une centaine de kilomètres, d'abord Nathan, puis Adèle, et qu'ils ne se réveilleront plus qu'arrivés à la maison, en fait eux sont déjà arrivés à bon port, tandis que je vais peiner encore deux heures de conduite.

Je pense qu'ils auront passé de drôles de vacances sur la fin, sorte de famille en fuite, et en y pensant, mon coeur se serre un peu à l'idée de cette famille pas très solide. C'est souvent que je pense à cette notion de famille, pas certain que j'offre à mes enfants un sentiment de famille aussi compact que celui que j'ai pu éprouver dans mon enfance, et puis les voyant trouver leurs repères dans la maison des Cévennes que nous ne ferons que traverser, Adèle qui voulait absolument s'asseoir sur la petit chaise de son grand père quand il était petit, alors je me dis que non finalement, ce sentiment et ces repères familiaux rassurants existent vraiment.

Je pense à ces trois heures passées dans et autour de la maison sous la pluie et l'orage, la fermant pour l'hiver, vidangeant notamment toute la plomberie, et ménageant un immense courant d'air dans toute la maison, aération qui combat efficacement l'humidité hivernale, et comment coupant finalement l'électricité dans la grande pièce, j'ai eu le sentiment de voir la maison comme je la voyais enfant, plus grande, sans doute parce que m'impressionnaient ces grandes rafales de vent et de pluie grosse, j'avais moi-même perdu de la hauteur.

Je repense à l'incrédulité des enfants qui peinaient à reconnaître les rivages de la Cèze, me demandant si c'était bien là que l'on se baignait en été, je vois la distance qui existe entre mon effarement raisonné — je suis étonné de l'amplitude du phénomène de la crue de la Cèze, mais j'en comprends les raisons — et l'incompréhension des enfants — ce n'est pas le même endroit, ce n'est pas la même rivière — que je tente de palier en leur offrant des explications à propos du ruissellement des eaux de pluie dans le fond de la vallée.

Je pense que les enseignements de cette journée, achevée pour les enfants endormis, restés dans la voiture pendant que je photographie la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, sont nombreux, mais pas tous anodins, dans le sens etymologique du terme, hors douleur.