A quoi tu penses?

Se pourrait-il, si j'en juge par le nombre de corrections de plus en plus espacées dont j'émaille le texte, que ce soit la dernière fois que je relise ce manuscrit. Ce serait donc fini, ce dont il y aurait tout lieu de se réjouir, de cette satisfaction du devoir accompli, mais ce n'est pas, loin de là, le sentiment majoritaire, l'impression au contraire d'avoir écrit quelque chose de médiocre, d'avoir en quelque sorte dilué ce qui était ma matière dans une Fuite en Égypte, texte qui avait été refusé presque toujours à cause des mêmes raisons, sa densité trop importante, du coup je vois clairement comme dans celui-là, je me suis appliqué à alléger les volumes, à rogner les blocs, à ventiler l'ensemble et l'amère constatation d'avoir trahi. Ce n'est pas comme cela qu'on écrit. Ne jamais savoir quoi penser.