A quoi tu penses?

Je pense que j'ai eu cette idée l'année dernière. Dans le train. Au retour. J'anticipais ces nombreux allers-retours entre Paris et Clermont, et naturellement, je suis décidément incapable de ne rien faire pour rien, je me demandais quel petit projet je pourrais entamer à propos de ces allers-retours. Et je pensais à ceci d'assez simple, un stratagème pas trop compliqué, faire des photographies du même endroit qui se trouve sur le parcours, à l'aller comme au retour, et levant le nez de mon livre, ou de l'ordinateur portable posé sur la tablette qui me tombe maladroitement sur le ventre, noter au vol ce à quoi je suis précisément en train de penser, manière de répondre comme si on m'avait demandé: à quoi tu penses? Je me disais alors qu'il fallait que je trouve un endroit, toujours le même, quelque chose que je ne pourrais pas rater sur le parcours. Il y avait bien le pont qui enjambe la Loire à Nevers. Je ne sais pas exactement pourquoi mais j'ai préféré la centrale nucléaire de Cosne-sur-Loire.

Je pense aussi que j'ai fait la première photo de ce type avant d'avoir eu l'idée de cette série. L'année dernière en allant à Clermont.

Je pense aussi que la dernière fois que j'ai vu cet endroit c'était sous des trombes d'eau, en plein orage. J'avais repris le volant. Nous venions de traverser cette crise épouvantable, dans les Cévennes, nous étions sur le chemin du retour. Madeleine dormait à l'arrière, mais pas Adèle qui avait les yeux grand ouverts mais qui restait silencieuse dans cet orage que nous traversions prudemment. Il faisait nuit. Il y avait des points lumineux rouges qui dessinaient une ellipse au fait des deux cheminées. La fumée se mélait à l'écume orageuse, mais tranchait de blancheur sur le fond anthracite du ciel. C'est curieux, mais je trouve cela très beau une centrale nucléaire. Surtout de nuit. Sous la pluie.