Bazille a loué cet atelier en janvier 1868, dans le quartier des Batignolles, 9 rue de la Paix. L'année suivante cette rue sera débaptisée et s'appellera (et c'est son nom encore aujourd'hui) rue de la Condamine. Le tableau s'appelle pour cela Atelier de Bazille, rue de la Condamine. Cela permet aussi de le différencier d'autres ateliers peints par Bazille :

L'atelier de la rue Furstenberg (au no 6) qu'il a partagé en 65-66 avec Monet qui était dans la dèche la plus complète, et le studio de la rue Visconti (au no 20 de la rue Visconti, ci-dessus) qu'il a partagé à partir du 1er juillet 66 avec Renoir, non moins dans la dèche (Bazille ne le fut jamais, à cause de sa famille protestante aisée de banquiers montpelliérains, mais ce qui est formidable car rare, c'est qu'il en a fait toujours profiter ses amis en les hébergeant ou en leur achetant même des toiles, comme en 1867, à Monet à qui il paya deux mille cinq cents francs les femmes aux jardins ).

L'atelier de la rue Furstenberg est aujourd'hui au musée Fabre de Montpellier, Le studio de la rue Visconti est à Richmond au Virginia Museum of Fine Arts, et l'atelier de la rue Condamine au Musée d'Orsay.

C'était bien situé, tout près du café Guerbois , 9 Grande rue des Batignolles, situé aujourd'hui au 11 avenue Clichy (il n'y a plus de café, mais une plaque rappelle son existence et son histoire). Dans ce café se réunissaient pour boire, discuter, se chamailler, échanger idées et théories, batailler contre l'académisme, tous les jeunes artistes du moment. Là est né ce qu'on appela donc " le groupe des Batignolles " . Son "noyau dur" était constitué par Renoir, Monet, Sisley, Bazille. Mais gravitaient autour, et non des moindres, Pissarro, Nadar , Degas (dont on dit que seul Bazille pouvait soutenir sa dialectique et son érudition), Zola (qui habitait à côté, 14 de la rue Condamine), et qui décrit ce café sous le nom de café Baudequin dans l'Œuvre — attention ce lien vous permet de télécharger l'Œuvre d'Emile Zola au format pdf, le fichier est un peu lourd , 17 megs) et beaucoup d'autres comme Guillemet, Fantin-Latour, Edmond Maitre...

" le " fauteuil vert, car on le retrouve dans d'autres tableaux... Échanges amicaux et clins d'oeil : c'est Manet qui a peint Bazille. On peut s'en rendre compte en voyant l'original du tableau et de près : la facture n'est en effet pas celle de Bazille lui-même.
Mais ce n'est pas la seule surprise de détail que nous réserve ce tableau.

Que dis-je ce tableau ! Et tous ceux qui sont sur les murs ?


Quelques considérations à mi-parcours dans la recherche.

- C'est un tableau qui contient à lui tout seul, si on y rentre, toute la vie d'un homme, d'un peintre, et d'une époque, et qui ouvre la porte en peinture à tout ce qui se passera au vingtième siècle.
- Il est l'illustration, par son sujet, de comment les créateurs travaillaient à cette époque, échangeaient, réagissaient les uns au travail des autres, et comment les choses pouvaient avancer... l'image de la solidarité étroite qui unissait tous ces peintres résolus à en finir avec les académismes. C'est le point que je développerai ci-après pour montrer que sur Internet il en est de même, en quoi ce travail en est une illustration parfaite, en quoi Internet permet ces regards croisés, avec une efficacité bien sûr facilitée par la performance de la technique, chose plus difficile à leur époque...
- Comme j'ai fait ce travail, entre autre, grâce et sur Internet, cela m'a permis de vérifier l'attention et la vigilance que l'on doit garder, et de mettre crucialement en relief certaines difficultés et limites (j'y consacrerai sans doute une page spéciale), malgré la performance "époustouflante voire épouvantable", de l'outil Internet.

Je n'ai pas fini de faire le tour des murs, mais on y trouve des tableaux de Bazille, de Manet, de Renoir, des citations et rappels (tableaux refusés au salon officiel de l'époque). Sont invités des gens variés ( Zola, écrivain et critique, Maître musicien, Manet, Monet, Renoir, jeunes peintres qui continuent de se battent contre l'académisme, même s'ils ont pris déjà pas mal de "sarcasmes" dans les medias de l'époque). Tous ces gens forment en fait un réseau et leur travail en porte trace. Prenons l'exemple d'un héron. (j'ai pensé à ça parce que tout à l'heure j'en ai vu au bord de l'étang à Thiron-Gardais):

En 1867, Bazille fait un héron (dont on a vu déjà une reproduction à propos des natures mortes de Bazille). Son copain Sisley lui répond (avec la même donne : meuble, fusil posé etc.)
La même année Renoir avait fait Bazille peignant le héron (avec sur les murs un paysage de Monet . Manet achète à Renoir son portrait de Bazille. Bazille fait un étonnant portrait de Renoir (" La force des tensions qui habite le jeune homme s'exprime dans cette position inhabituelle où cohabitent une énergique décision et un angélisme juvénile") que Renoir gardera toute sa vie.(Il est aujourd'hui au Louvre).
Auparavant (de 65 à 68) Monet avait fait poser Bazille dans la forêt de Fontainebleau, travaillant à partir de petites études peintes en plein air, pour son déjeuner sur l'herbe, et fait son portrait avec Camille
Zola les connaît tous et écrit sur leur peinture. Manet en 67 fait son portrait. Et quand Bazille peint son atelier de la rue Condamine, Fantin-Latour peint un atelier aux Batignolles, où l'on retrouve ? ... Manet, Renoir, Zola, Edmond Maître, Bazille et Monet !(et pour être complet Otto Scholderer (peintre, debout tout à gauche derrière Manet, assis) et Zacharie Astruc (Critique d'art, poète, peintre et sculpteur). Je pourrais continuer sans fin : Manet a fait en 68 le portrait d'Astruc, peint dès 1860 par Carolus-Duran ...

Un soir, tard bien sûr, j'ai reçu un mail de Philippe De Jonckheere du désordre (que j'ai rencontré sur son invitation parce qu'il avait lu dans mon journal sur Internet , que son ami qu'il va souvent voir le week-end, habitait à côté de Nogent le Rotrou) qui me demandait si je ne pouvais pas chercher tous les tableaux qu'il y a au mur de l'atelier de Bazille . Bien sûr, pourquoi pas?

Depuis, dans différents blogs , j'en vois des traces, comme sur celui de Grapheus . Pour ce travail, mon frère Jany à Jakarta, a pu me faire et m'envoyer une heure après, grâce à la rapidité du net , la traduction d'un texte italien qui me bloquait, et m'envoyer des mails quand je fais des fautes de frappe sur les dates. François Bon , que j'ai rencontré la première fois grâce à un repas organisé par Berlol , m'a envoyé un mail pour me dire qu'il connaît bien Méric, le domaine de la famille Bazille. Cela m'oblige à faire attention à ce que je vais dire sur Méric, puiqu'un des tableaux (à venir) montre une vue de la propriété.

Je lis sur le Bloc notes du désordre que De Jonckheere a rencontré Berlol à Paris et qu'il lui a avoué que c'était lui qui m'avait demandé le travail sur Bazille.

Je pourrais continuer avec d'autres mails reçus de lecteurs...
Ce n'est pas non plus la première fois que le choix d'un sujet pour mon journal m'est "donné" ou est très influencé par des mails ou de documents reçus et envoyés gentiment par des lecteurs, dont certains inconnus. Je me souviens par exemple de lldeMars du Terrier qui m'avait juste envoyé un mot ( Campana ) en me disant carrément : démerde toi avec ça...pour voir...
Cette manière de travailler et de suivre l'interactivité du travail et des relations que donne Internet me plaît et n'a cessé, tout en me surprenant, de m'intéresser. Elle permet que ce journal puisse parfois m'échapper, voire en fait souvent, et cela, à chaque fois, non seulement pour l'enrichir mais aussi m'enchanter.


Suivez Jean-Claude Bourdais (le guide)